Une quatrième usine de production de batteries pour BMW

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Un été de luttes dans les usines d'Europe de l'Est - Grève chez Fiat, ex-Zavasta, en Serbie (Le Bolchévik) Décembre 2017

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Le Bolchévik nº 222 Décembre 2017
Un été de luttes dans les usines d'Europe de l'Est
Grève chez Fiat, ex-Zavasta, en Serbie
Pour une lutte de classe commune contre les impérialistes d'Europe !
Nous reproduisons ci-après la traduction d’un article de Spartaco (n° 80, septembre 2017), le journal de notre section italienne, la Lega trotskista d’Italia (LTd’I).
Du 27 juin au 18 juillet 2017, plus de 2 000 travailleurs ont fait grève à l’usine Fiat Chrysler Automobiles (FCA) de Kragujevac en Serbie, à 140 km au sud-est de Belgrade. Protestant contre des salaires de misère et des conditions de travail dégradées, ils revendiquaient une augmentation de salaire de 38 000 à 50 000 dinars (environ 416 euros par mois), des horaires d’équipe moins épuisants, le paiement de primes de production et une indemnité de transport. La grève de FCA Kragujevac a été l’une des plus longues dans l’histoire récente de la Fiat.
Les salaires chez FCA sont inférieurs en Serbie à la moyenne nationale, qui est dans ce pays d’environ 350 euros mensuels, soit environ le tiers du pouvoir d’achat du salaire moyen italien. L’an dernier, FCA a licencié quelque 900 travailleurs et imposé à ceux qui restaient des cadences bien pires. Les grévistes exigeaient que soit rendu public l’accord de 2008 par lequel le gouvernement serbe avait vendu à FCA les usines de Kragujevac. Cet accord est protégé par le secret d’Etat, pour dissimuler comment FCA s’est engraissée ces dix dernières années grâce aux subventions de l’Etat et à de multiples réductions d’impôt, tout en exploitant les travailleurs. Le mécontentement des travailleurs serbes est renforcé par le chauvinisme de FCA à leur encontre, comme la pratique de soumettre les ouvriers serbes à des superviseurs italiens, ce qui a provoqué des protestations à répétition au fil des ans.
FCA a rejeté les revendications des travailleurs avec son arrogance habituelle : aucune négociation sans l’arrêt préalable de la grève, et menace de fermeture de l’usine et de délocalisation de la production. Pour sa part, le gouvernement serbe, propriétaire d’un tiers de FCA en Serbie, a accusé les travailleurs d’être « manipulés » et de menacer l’avenir du pays en effrayant les investisseurs potentiels à la recherche d’une main-d’œuvre surexploitée et sans droits.
Les travailleurs ont rejeté les diktats de FCA et du gouvernement, mais les dirigeants de Samostalni Sindikat (le principal syndicat de l’usine), qui soutiennent les plans du gouvernement pour rendre la Serbie attractive comme source de profits pour les bourgeoisies impérialistes européennes, ont liquidé la grève le 19 juillet, contre la volonté des deux tiers des grévistes. Ils ont signé le 25 un nouveau contrat validant une augmentation de salaire de 6,7 % (9,5 % selon le syndicat) et le paiement d’une indemnité de transport. En échange, le syndicat a accepté de renoncer à toute grève dans les trois prochaines années. Cet accord a suscité un mécontentement généralisé dans l’usine, la grève ayant été prématurément liquidée par la bureaucratie syndicale.
La grève des travailleurs de FCA en Serbie avait une importance directe pour les travailleurs italiens, chez Fiat et au-delà : si les syndicats italiens s’étaient joints à leurs frères de classe serbes en lutte, non seulement ils leur auraient apporté une aide déterminante, mais ils se seraient eux-mêmes renforcés face à l’arrogance de la direction de Fiat, qui croit qu’elle peut éternellement imposer ses diktats à une main-d’œuvre terrifiée, soumise à la menace de « délocalisation ». Mais à l’exception de quelques délégués du syndicat USB de FCA Melfi [à l’Est de Naples], qui ont appelé à une grève de deux heures pour soutenir les travailleurs serbes, en général les bureaucrates qui dirigent les syndicats en Italie n’ont pas levé le petit doigt pour mobiliser les travailleurs de FCA au côté de leurs frères de classe serbes. Ils se sont limités à des lettres platoniques de solidarité demandant au gouvernement serbe d’intervenir pour « débloquer la situation » et réprimandant FCA pour « ne pas avoir rempli les obligations légales ». Ils ont ainsi réaffirmé qu’ils sont pour la collaboration de classe, en inculquant aux travailleurs des illusions dans la loi et l’Etat des capitalistes, et la collaboration avec leurs propres exploiteurs pour défendre la compétitivité et les profits de leurs entreprises – même lorsque cela signifie augmenter l’exploitation des travailleurs et renforcer la domination impérialiste de la bourgeoisie italienne sur les ouvriers des pays plus petits et plus faibles.
Déjà en 2010 la FIOM [la fédération syndicale de la métallurgie] avait saboté une lutte déterminante des ouvriers de Fiat. L’entreprise avait fermé l’usine de Termini Imerese (le dernier pôle industriel significatif en Sicile) en dénonçant unilatéralement l’accord d’entreprise. Elle avait créé une « newco » [nouvelle entreprise] à Pomigliano, en ne reprenant que les ouvriers prêts à accepter des termes aggravés. Plus de 40 % des travailleurs de Pomigliano avaient sèchement répondu « non » lors d’un référendum organisé parmi les employés de l’entreprise. Le « non » de Pomigliano avait été accueilli avec enthousiasme par les travailleurs de beaucoup d’usines, suscitant de grands espoirs. Mais les dirigeants de la FIOM, au lieu de mobiliser ses 300 000 adhérents, avaient décidé de ne compter que sur les « voies légales », laissant ainsi les ouvriers à la merci des juges capitalistes. Comme Fiat menaçait de délocaliser la production de certains modèles de voiture de Mirafiori [Turin] à Kragujevac, Liberazione (à l’époque le journal de Rifondazione comunista) s’était prosterné devant le protectionnisme national, poussant de hauts cris chauvins que « Fiat trahit l’Italie ».
Notre perspective est une perspective de classe et internationaliste. La classe ouvrière doit se défendre contre toutes les fermetures d’entreprises, les baisses de salaire et les attaques contre les conditions de travail. Tous les emplois doivent être défendus, que ce soit en Serbie, en Pologne, en Italie ou aux Etats-Unis. L’intérêt du mouvement ouvrier n’est pas de décider qui doit avoir un travail et où, mais de garantir, pour un même travail, un salaire et des conditions de travail égaux pour tous les travailleurs. Le protectionnisme nationaliste divise la classe ouvrière selon des lignes de fracture nationales, rendant ainsi impossible toute lutte défensive dans une industrie qui par nature s’étend au-delà des frontières nationales.
Une lutte contre l’exploitation impérialiste
La Serbie et l’ensemble de la région des Balkans ont récemment connu une montée des conflits de classe. La grève chez FCA a été précédée d’une grève de cinq jours en février chez Magneti Marelli, où les travailleurs ont obligé l’entreprise à satisfaire leurs revendications. A son tour, cette grève en a encouragé d’autres, comme à l’usine d’électroménager Gorenje où 600 ouvriers ont débrayé pour réclamer des augmentations de salaire et des conditions de travail décentes (ils travaillent à des températures de 40 degrés pour fabriquer… des réfrigérateurs !).
En juin , la majorité des 12 000 travailleurs des trois usines Volkswagen de Bratislava, la plus grande entreprise de Slovaquie, se sont mis en grève et ont bloqué la production pendant une semaine, arrachant une hausse de salaire de 14 %. Cette grève des ouvriers de Volkswagen avait été précédée d’une augmentation de salaire de 7,5 % dans les usines slovaques du groupe Kia, et d’une forte augmentation de salaire dans les usines automobiles allemandes de Hongrie.
Avec l’adhésion à l’UE, la Slovaquie est devenue une dépendance de l’impérialisme allemand et de ses géants de l’automobile. Elle est aujourd’hui le plus grand producteur de voitures par habitant dans le monde (1 million de voitures par an pour un peu plus de 5 millions d’habitants). Mais pendant qu’ils construisent des SUV de luxe pour le marché mondial, les travailleurs slovaques de Volkswagen, Kia ou Peugeot touchent des salaires qui représentent 40 % des salaires allemands.
Confrontés à la première grande grève en Slovaquie depuis la contre-révolution « de velours » de 1989, les porte-parole de la finance capitaliste ont commencé à s’inquiéter. Dans un article publié le 21 juin sur le site web Bloomberg.org, on pouvait ainsi lire :
« A beaucoup d’égards, la Slovaquie peut être considérée comme un modèle d’intégration dans l’Union européenne. Mais la grève en cours à l’usine Volkswagen de Bratislava fait comprendre combien l’Europe apparaît désunie vue depuis la frontière orientale de l’UE. Les Européens de l’Est ont souvent l’impression que leurs pays sont devenus des colonies de l’Europe occidentale, et ce sentiment pourrait représenter une menace plus grave pour l’UE que le Brexit. »
Le gouvernement serbe est dirigé par les nationalistes de droite du Parti progressiste serbe (SNS) du président Aleksandar Vucic. Le SNS est l’héritier du Parti radical serbe, un des protagonistes des massacres interethniques des années 1990. Vucic et le SNS veulent que le pays reste un réservoir de main-d’œuvre à bas coût pour les capitalistes d’Europe occidentale. En échange de prêts du Fonds monétaire international et de la perspective d’une adhésion à l’UE, ils mettent en œuvre des mesures d’austérité drastiques, notamment des coupes claires dans les dépenses publiques, la vente ou la fermeture des entreprises publiques et une réduction draconienne du nombre de fonctionnaires. La Première ministre Ana Brnabic a promis de supprimer 11 000 emplois dans le secteur public d’ici 2020, alors que le gouvernement Vucic en a déjà éliminé 80 000 ces quatre dernières années.
Les marxistes luttent pour détruire l’UE par la lutte de classe. L’UE est un bloc réactionnaire dominé par les impérialistes d’Europe, un outil pour piller les pays dépendants de l’Europe du Sud et de l’Est, pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière dans toute l’Europe et contrôler les flux de main-d’œuvre immigrée. Nous revendiquons la sortie de l’Italie de l’UE et de l’euro. Nous nous opposons à toute nouvelle extension de l’UE, comme en Serbie, de même que nous nous sommes opposés à l’extension de l’UE aux pays d’Europe de l’Est en 2004 : nous savions que cela aggraverait l’oppression et l’exploitation des travailleurs de ces pays. L’extension de l’UE en Europe de l’Est a permis à la bourgeoisie allemande de réaliser le rêve impérialiste qui avait un temps été confié au Troisième Reich de Hitler : faire de l’Europe de l’Est son hinterland. Elle a également conféré d’énormes avantages à l’impérialisme italien, qui figure aujourd’hui parmi les principaux investisseurs en Europe de l’Est, et qui a une histoire sanglante d’aventures impérialistes dans les Balkans. Notre opposition à l’UE fait partie intégrante de notre perspective marxiste révolutionnaire : le renversement du capitalisme par la classe ouvrière et la construction d’une économie collectivisée et planifiée à l’échelle mondiale, qui permettra un développement qualitatif des forces productives et le dépassement de la division de la société en classes, ce qui constituera le point de départ pour un ordre communiste mondial.
Les fruits amers de la contre-révolution capitaliste
Les usines FCA de Kragujevac se trouvent sur l’ancien site de production Crvena Zastava (drapeau rouge), la fine fleur de l’industrie automobile yougoslave, qui a été pratiquement donné à la famille Agnelli et Cie par le gouvernement serbe en 2008. Elles témoignent de la misère et de l’exploitation qui ont résulté de la contre-révolution capitaliste qui, au début des années 1990, a détruit l’Union soviétique et les Etats ouvriers bureaucratiquement déformés d’Europe de l’Est, ouvrant ainsi la voie à la pénétration économique par les capitalistes occidentaux, qui ont pu mettre la main sur des sites industriels avancés et sur une main-d’œuvre instruite et qualifiée.
En 1999, pendant la campagne de bombardement de l’OTAN contre la Serbie, les usines Zastava furent bombardées et réduites, selon les termes du Chicago Tribune (16 juillet 1999), « à un dépotoir de métaux tordus et de machines noircies, parsemé de flaques de produits chimiques et de cratères béants ». Le même article expliquait :
« L’usine était tellement vitale pour la communauté que ses travailleurs s’étaient constitués en boucliers humains 24 heures sur 24, dormant sur le plancher pour dissuader l’OTAN de détruire leur gagne-pain. Des fax et des e-mails étaient envoyés dans le monde entier pour supplier : “S’il vous plaît, ne bombardez pas notre usine. S’il vous plaît, ne nous prenez pas notre emploi”. »
Mais les bombardiers de l’OTAN ont détruit l’usine de Zastava entre le 9 et le 12 avril 1999, faisant 131 blessés parmi les ouvriers. La Serbie tout entière a été rejetée 50 ans en arrière par les bombardements.
Nous avons à l’époque appelé à la défense militaire de cette petite nation contre l’attaque des impérialistes, qui avaient fait de l’Italie un porte-avions terrestre de l’OTAN (avant cette attaque, nous n’avions pris le côté d’aucune des forces en conflit dans les guerres fratricides qui avaient accompagné la contre-révolution en Yougoslavie). En Italie, le syndicat SLAI Cobas a soutenu la demande de solidarité émanant des ouvriers de Zastava et lancé une campagne de soutien financier. La LCI s’est jointe à cette campagne, et nous avons cherché à lui donner une dimension internationaliste prolétarienne en collectant des dons auprès des militants syndicaux et de gauche, depuis les Etats-Unis jusqu’en Afrique du Sud en passant par le Mexique.
A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le capitalisme fut renversé en Yougoslavie grâce à une révolution sociale interne. Toutefois, la Yougoslavie, comme les autres « démocraties populaires » d’Europe de l’Est, était dès sa naissance un Etat ouvrier déformé sous la domination d’une bureaucratie stalinienne, ce qui a jeté les bases de son effondrement ultérieur. Le régime de Tito accomplit d’immenses progrès dans la construction d’une véritable fédération multinationale. Mais les divisions nationales ne pouvaient pas être surmontées sur la base de la construction du « socialisme » dans un seul pays balkanique relativement arriéré. De fait, la décentralisation économique et le « socialisme de marché » qui faisaient la fierté de Tito amplifièrent énormément les disparités entre les différentes républiques et régions, si bien qu’à la fin des années 1980 le revenu par habitant des Slovènes était dix fois supérieur à celui de la population albanaise du Kosovo. De plus, la Yougoslavie fut un des premiers Etats ouvriers déformés de l’Est à hypothéquer son économie collectivisée auprès des banquiers occidentaux et à saigner l’économie du pays pour payer cette dette.
La destruction de l’Etat ouvrier yougoslave en 1991 a précipité les peuples de Yougoslavie dans un bain de sang fratricide, détruisant les grandes conquêtes de la révolution de 1945 : le renversement des rapports de propriété capitalistes et la fin des conflits nationalistes sanglants qui avaient historiquement déchiré les Balkans. La Ligue communiste internationale s’est battue pour la défense des Etats ouvriers déformés d’Europe de l’Est et de l’Union soviétique contre la restauration du capitalisme, tout en luttant en même temps pour une révolution politique pour instaurer un véritable pouvoir de conseils ouvriers basé sur un programme internationaliste.
A contrario, beaucoup de soi-disant « trotskystes » se sont rangés aux côtés des forces de la contre-révolution capitaliste. Par exemple, Sinistra classe rivoluzione (SCR), un groupe réformiste issu de Rifondazione comunista, a écrit divers articles sur les grèves en Serbie sans jamais mentionner le fait que la situation actuelle dans les Balkans est le produit historique de la contre-révolution capitaliste. La tendance Militant, dont est issue SCR, avait soutenu avec ferveur diverses forces contre-révolutionnaires en Union soviétique et en Europe de l’Est. Elle a ainsi soutenu en Pologne le « syndicat » jaune Solidarność financé par la CIA, les banques et le pape ; et en 1991 ses sympathisants russes de Rabochaya Demokratiya ont physiquement tenu les barricades d’Eltsine à Moscou au côté de la racaille contre-révolutionnaire russe, en prétendant que la victoire d’Eltsine était le « début d’un processus révolutionnaire antibureaucratique » (Rabochaya Demokratiya, juillet-août 1992).
Pour la lutte de classe internationale
Ce qui manque à la classe ouvrière, c’est son propre parti. Un parti basé non sur la collaboration de classe parlementaire avec la bourgeoisie mais sur les méthodes et les principes de la lutte de classe internationale, sur la compréhension que la fin de l’exploitation, de l’oppression nationale, de la misère et de toute oppression ne pourra devenir réalité qu’avec le renversement de l’Etat capitaliste et la construction d’une économie collectivisée et planifiée à l’échelle internationale, sous le pouvoir ouvrier. Un parti de ce type doit faire partie intégrante d’une Internationale régie par le centralisme démocratique et rassemblant l’avant-garde révolutionnaire de tous les pays.
Depuis sa naissance, le mouvement marxiste s’est forgé en étant conscient que la lutte de la classe ouvrière doit être internationale non seulement en idée, mais en pratique. Parmi ses premiers efforts organisés on peut citer les campagnes victorieuses menées parmi les travailleurs du textile d’Allemagne et de Belgique pour qu’ils refusent de servir de jaunes aux capitalistes anglais pendant la grève du textile de Londres et Edimbourg en 1866. Dans ses instructions aux délégués au Premier Congrès de l’Association internationale des travailleurs, qui se tint à Genève en 1866, Marx expliqua :
« Une des principales fonctions de l’Association, fonction remplie déjà avec grand succès dans différentes circonstances, est de contrecarrer les intriques des capitalistes, toujours prêts, dans les cas de grève ou de fermeture d’ateliers (lock-out), à user des ouvriers étrangers comme instrument pour étouffer les justes plaintes des travailleurs indigènes. C’est un des grands buts de l’Association de développer chez les ouvriers des différents pays non seulement le sentiment, mais le fait de leur fraternité et de les unir pour former l’armée de l’émancipation. »
Marx rappelait dans son discours inaugural devant l’Association internationale des travailleurs, en octobre 1864 :
« L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées. C’est poussés par cette pensée que les travailleurs de différents pays, réunis en un meeting public à Saint-Martin’s Hall le 28 septembre 1864, ont résolu de fonder l’Association Internationale. »
La Lega trotskista d’Italia est un petit groupe de propagande qui se bat pour construire une avant-garde révolutionnaire internationale ; elle cherche à faire prendre conscience aux éléments avancés de la classe ouvrière qu’il faut un parti révolutionnaire basé sur le programme marxiste. Une tâche cruciale de ce parti sera d’inculquer aux ouvriers un sentiment d’opposition inconciliable vis-à-vis des manœuvres impérialistes de leurs gouvernants, et de toutes les manifestations de l’oppression contre les minorités nationales, les femmes, les immigrés, etc. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Reforgez la Quatrième Internationale !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/222/serbia.html
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Les idéologues du capitalisme décadent - La banqueroute des économistes bourgeois de gauche - Par Joseph Seymour et Bruce André (1 - 2) Janvier 2018

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Le Bolchévik nº 223 Mars 2018
Les idéologues du capitalisme décadent
La banqueroute des économistes bourgeois de gauche
Par Joseph Seymour et Bruce André
Traduit de Workers Vanguard n° 1125 et 1126, 12 et 26 janvier
« Cette expropriation [des capitalistes] rendra possible un essor gigantesque des forces productives. Et voyant comment le capitalisme, dès maintenant, entrave incroyablement cet essor, et combien de progrès l’on pourrait réaliser grâce à la technique moderne déjà acquise, nous sommes en droit d’affirmer, avec une certitude absolue, que l’expropriation des capitalistes entraînera nécessairement un développement prodigieux des forces productives de la société humaine » (souligné dans l’original).
– Lénine, l’Etat et la révolution (1917)
C’est ainsi que Lénine résumait la critique fondamentale du système capitaliste faite par Karl Marx, ainsi que le but ultime du socialisme. Les marxistes mesurent le progrès humain à l’aune du développement des forces productives de l’humanité, depuis les outils de pierre de la société primitive jusqu’à la science, la technologie et l’usine modernes. L’avènement et le développement du capitalisme industriel à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle permirent d’envisager pour la première fois un avenir où auraient disparu la pénurie et la division de la société en classes. Cependant, la propriété privée des moyens de production agissait de plus en plus comme un frein à la poursuite du développement des forces productives, notamment par l’effet de crises économiques périodiques. L’émergence de l’impérialisme moderne à la fin du XIXe siècle a marqué le début d’une époque de décadence du capitalisme à l’échelle mondiale. Les grandes puissances capitalistes, après s’être partagé le monde à coups de conquêtes impériales, se sont lancées dans une série de guerres pour de nouveaux partages de la planète, en cherchant à étendre leurs possessions coloniales et leur sphère de domination aux dépens de leurs rivales.
Le but de la révolution prolétarienne est de résoudre la contradiction au cœur du capitalisme : la production pour le profit privé entrave la croissance globale de la production. En collectivisant les moyens de production et en faisant bénéficier tout le monde des richesses de la société, un Etat ouvrier organisera toute l’industrie à la manière dont est aujourd’hui conçue une chaîne d’assemblage : selon un plan rationnel. Une économie socialiste internationale appliquera la planification scientifique au système économique tout entier pour enclencher un développement qualitatif des forces productives et de la productivité du travail. Ceci libérera les capacités productives de l’humanité, éliminant à terme la pénurie économique et jetant ainsi les bases matérielles de la disparition des classes et du dépérissement de l’Etat.
A l’opposé de cette vision marxiste, c’était un article de foi pour les économistes bourgeois après la Deuxième Guerre mondiale de tirer un trait d’égalité entre capitalisme et croissance économique illimitée. Cette foi s’est aujourd’hui largement dissipée. Aux yeux des économistes bourgeois de gauche, le maigre taux de croissance économique que les Etats-Unis connaissent depuis plusieurs décennies est devenu la « nouvelle normalité ». Lawrence Summers, un des principaux conseillers économiques de l’administration Clinton dans les années 1990, estime que les pays capitalistes avancés sont entrés dans une période prolongée de « stagnation séculaire ». Il remet ainsi au goût du jour un concept élaboré par des keynésiens de gauche comme Alvin Hansen pendant la crise de 1929.
Cette position s’est exprimée pendant les élections présidentielles américaines de 2016, où Hillary Clinton n’avait pas grand-chose de nouveau à offrir – « l’Amérique est fantastique » – sinon peut-être quelques ajustements à la marge. Même son rival de gauche (« progressiste ») dans le Parti démocrate, Bernie Sanders, ne prétendait pas que sa politique conduirait à une augmentation substantielle de la production économique, mais seulement qu’elle aboutirait à une redistribution un peu plus équitable des revenus. Le démagogue de droite Donald Trump prétendait de façon manifestement mensongère qu’il ferait passer le taux de croissance économique de 2 à 4 %, voire même qu’il le triplerait.
Aujourd’hui, Trump et la majorité républicaine au Congrès ressuscitent l’économie de l’offre de Ronald Reagan en faisant adopter des baisses d’impôts massives pour les grandes entreprises et les super-riches. L’idée que les bénéfices de ces baisses d’impôts pour les riches vont « ruisseler » vers le reste de la population, sous forme d’investissements et d’emplois supplémentaires et de salaires plus élevés, est encore plus ridicule aujourd’hui que dans les années 1980, quand c’était le cœur de la politique économique reaganienne. Les firmes américaines sont déjà assises sur un magot inouï de plus de 2 400 milliards de dollars de liquidités. Apple et General Motors thésaurisent en espèces près de 30 % de leur valeur. Pourquoi les entreprises n’investissent-elles pas ces sommes astronomiques dans de nouvelles usines, de nouvelles machines et l’embauche d’ouvriers supplémentaires ? La réponse coule de source : elles ne sont pas convaincues de pouvoir en tirer un taux de retour sur investissement acceptable.
De leur côté, les démocrates ne prétendent même pas offrir une politique alternative qui pourrait augmenter de façon significative le taux de croissance. Paul Krugman, qui est probablement l’économiste « progressiste » le plus connu du pays avec sa tribune régulière dans le New York Times, a pris la défense d’Hillary Clinton pendant la campagne présidentielle. Il disait que la politique gouvernementale n’a que peu d’effet sur la croissance économique, qui serait soi-disant un processus mystérieux dont la compréhension dépasse l’entendement de sa profession – sans même parler de pouvoir y changer quoi que ce soit :
« Savons-nous comment accélérer la croissance à long terme ? D’après le département du budget du Congrès, la croissance potentielle a été assez stable entre 1970 et 2000, et rien de ce qu’ont fait Ronald Reagan ou Bill Clinton n’a fait de différence significative. L’érosion qui a suivi a commencé sous George W. Bush et s’est poursuivie sous M. Obama. Cette histoire donne à penser qu’il n’y a pas de manière facile de modifier cette tendance. »
– New York Times, 15 août 2016
La baisse du taux de profit
Les arguments de l’école de pensée selon laquelle « on ne peut pas faire grand-chose pour accélérer la croissance économique » sont développés dans le livre de Marc Levinson, An Extraordinary Time : The End of the Postwar Boom and the Return of the Ordinary Economy (Des temps extraordinaires : la fin du boom de l’après-guerre et le retour de l’économie ordinaire, 2016). Ex-directeur de la rubrique économique et financière de l’Economist, l’organe des banquiers anglo-américains, Levinson défend une vision iconoclaste démontant les doctrines de politique économique des deux ailes du spectre politique bourgeois : le keynésianisme à gauche, le monétarisme et l’économie de l’offre à droite. Il défend la thèse que le taux de croissance relativement élevé qu’ont connu les pays capitalistes avancés pendant les trois décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale a représenté un accident historique fortuit qu’aucune politique gouvernementale ne permettra de reproduire.
On trouve une expression bien plus pesante (à tous points de vue) du pessimisme historique concernant l’économie américaine dans un livre récent d’un économiste universitaire de gauche en vue, Robert J. Gordon, intitulé The Rise and Fall of American Growth : The U.S. Standard of Living Since the Civil War (Essor et déclin de la croissance américaine : le niveau de vie américain depuis la Guerre civile, 2016). Contrairement à Extraordinary Time, qui a un aspect de journalisme bâclé, le livre de Gordon (qui fait plus de 700 pages) est un travail de recherche sérieux. Même si son argumentation est un peu différente de celle de Levinson, de même que la période historique étudiée, ses conclusions sont fondamentalement les mêmes :
« Voici un livre sur le drame d’un siècle révolutionnaire ; c’est alors que, par une série de miracles, la croissance économique s’est accélérée, le monde moderne a été créé, et ensuite, après cette création, le potentiel pour de futures inventions avec un impact similaire sur la vie quotidienne a par nécessité inévitablement diminué. Les implications pour l’avenir de la croissance économique des Etats-Unis et du monde ne pouvaient pas être plus profondes […].
« La révolution économique entre 1870 et 1970 a été unique dans l’histoire humaine, et elle ne peut pas se répéter, parce que beaucoup de ce qu’elle a réalisé ne pouvait se produire qu’une seule fois. »
Le fait que Gordon emploie le mot « miracle » reflète sa conviction que les simples mortels ne peuvent pas contrôler de façon consciente la quantité et le contenu de la richesse matérielle créée par leur travail.
Dans l’introduction d’Extraordinary Time, Levinson défend Obama contre l’accusation suivante d’un scribouillard de droite, George F. Will : « Faire en sorte que la croissance faible devienne la norme est utile au programme progressiste pour rabaisser le niveau où l’on parle d’échec économique. » A quoi Levinson répond : « Comme si le taux de croissance économique était une décision à la discrétion du président. » Ce qui est bien sûr vrai c’est que, dans l’Amérique capitaliste, la politique d’une administration donnée a habituellement un effet marginal sur la croissance économique.
Sous le capitalisme, l’expansion (ou la contraction) de la production de biens et de services commercialisables est déterminée principalement par la mesure dans laquelle les dirigeants des grandes entreprises et les financiers de Wall Street investissent leurs profits dans de nouvelles unités de production, notamment celles qui utilisent des technologies plus avancées (celles qui économisent le travail). Ce qui oriente les investissements capitalistes, ce n’est pas la volonté de maximiser la production ou la productivité du travail, mais celle de maximiser le taux de profit (c’est-à-dire le rapport entre les profits et la valeur sur le marché des moyens de production).
Toutefois, Marx avait démontré – ce fut l’un de ses éclairs de génie – que le taux de profit, la force motrice du capitalisme, avait une tendance inhérente à diminuer avec le temps. En incitant les capitalistes à réduire leurs investissements, la baisse du taux de profit provoque des crises périodiques, dont l’événement déclencheur se produit habituellement sur les marchés financiers. Le résultat est une contraction de la production et une hausse du chômage.
L’explication de la baisse tendancielle du taux de profit donnée par Marx découlait de sa découverte que la source du profit est la plus-value – la part non payée du travail des ouvriers –, et non les dépenses réalisées par les capitalistes en moyens de production (par exemple les machines et les matières premières). Marx faisait remarquer qu’en particulier dans les périodes d’expansion, quand les ouvriers peuvent se sentir encouragés à réclamer des hausses de salaire, les capitalistes individuels investissent davantage de capital pour moderniser leurs usines et autres dépenses de ce genre, de manière à réduire les coûts salariaux. Ce faisant, les capitalistes obtiennent un avantage compétitif. Mais, comme tous les capitalistes leur emboîtent le pas, le montant total de la plus-value produite par unité de capital investi – c’est-à-dire le taux de profit moyen – diminue.
Les capitalistes investissent pour augmenter les capacités de production quand ils espèrent pouvoir vendre les marchandises produites à un taux de profit donné. Mais comme le taux de profit baisse, ils se retrouvent dans l’incapacité de vendre leurs produits au taux de profit espéré. Ils réduisent les investissements et sabrent dans la production, ce qui provoque une récession économique. Les ouvriers sont jetés sur le pavé, des usines entières deviennent des fantômes de rouille.
Les idéologues bourgeois de l’économie, que ce soient les keynésiens, les monétaristes ou les partisans de la politique de l’offre, considèrent que les lois qui gouvernent le mode de production capitaliste sont les lois qui gouvernement la production en tant que telle. En l’absence d’une alternative ouvrière révolutionnaire, la démagogie populiste de droite de Trump a d’autant plus d’attrait que les économistes de gauche, comme Krugman ou Gordon, ainsi que ceux qui ont un positionnement centriste sur l’échiquier politique bourgeois, comme Summers et Levinson, insistent qu’il n’est pas possible d’en finir avec la stagnation du niveau de vie des travailleurs américains qui dure maintenant depuis des décennies.
De la « nouvelle économie » de Kennedy à la « nouvelle normalité » d’Obama
Dans le passé, les politiciens démocrates, notamment ceux qui appartenaient à l’aile gauche du parti, promettaient une nouvelle ère de prospérité économique. La campagne présidentielle de 1960 avait été remportée par John F. Kennedy contre Richard Nixon, le vice-président sous l’administration républicaine d’Eisenhower (1953-1961). Cette campagne avait été dominée par les tensions de la guerre froide avec l’Union soviétique et par la crainte qu’avait la classe dirigeante américaine de prendre du retard dans le domaine scientifique et technique. En termes de message économique, la campagne de Kennedy ressemblait à celle de Trump. Sa plate-forme proposait davantage de croissance et de dynamisme économiques, avec comme slogan « Remettons le pays en marche ». Kennedy pointait du doigt les performances médiocres de l’économie sous le deuxième mandat d’Eisenhower, marqué par deux récessions. A cet égard, ses tactiques de campagne contre Nixon et Eisenhower étaient similaires à celles utilisées par Trump contre Hillary Clinton et Barack Obama.
Dans Extraordinary Time, Levinson critique rétrospectivement les keynésiens de gauche comme Walter Heller, le principal conseiller économique des présidents Kennedy et Lyndon Johnson. Heller soutenait que la politique fiscale (impôts et dépenses publiques) pouvait être ajustée pour maintenir le plein-emploi et maximiser la croissance économique. A la fin des années 1970, les politiciens démocrates et leurs thuriféraires intellectuels chantaient une autre chanson, moins enthousiaste.
Jimmy Carter, un démocrate centriste du Sud (comme Bill Clinton), profita de la chute de Nixon après le scandale du Watergate pour entrer à la Maison Blanche en 1977. Quelques années plus tard, la présidence de l’infortuné Carter fut confrontée à une situation inhabituelle, la « stagflation » : une hausse rapide des prix combinée avec une récession. Levinson décrit le malaise économique qui propulsa le républicain de droite Reagan à la présidence en 1981 : « La montée du conservatisme ne s’est produite que lorsque des taux d’intérêt dépassant 11 % ont fait perdre aux jeunes l’espoir de jamais pouvoir s’acheter un logement, et lorsque les lettres de licenciement ont commencé à pleuvoir sur les métallos dans le bâtiment et les outilleurs dans les usines automobiles. »
Un économiste universitaire de gauche de bon ton, Lester C. Thurow, a publié en 1980 un livre sur l’état de l’économie pendant cette sombre période, The Zero-Sum Society : Distribution and the Possibilities for Economic Change (La société à somme nulle : la distribution et les possibilités de changement économique). Comme l’indique le titre, Thurow argumentait qu’il n’était plus possible d’augmenter significativement la taille du gâteau économique de manière à ce que tout le monde puisse avoir une part plus grosse. La politique économique consistait dorénavant à redécouper le gâteau existant de façon à ce que certains puissent avoir une plus grosse part et d’autres une plus petite :
« Pour la plupart de nos problèmes il y a plusieurs solutions. Mais toutes ces solutions ont pour caractéristique que quelqu’un doit perdre beaucoup en termes économiques. Personne ne se porte volontaire pour ce rôle, et nous avons un processus politique qui est incapable d’obliger qui que ce soit à supporter ce fardeau. Tout le monde dit que quelqu’un d’autre doit subir les inévitables pertes économiques, et de ce fait aucune des solutions possibles ne peut être adoptée. »
En fait, les quatre décennies qui ont suivi la publication du livre de Thurow ont été marquées par une guerre incessante de la bourgeoisie pour obliger les travailleurs, les minorités et les pauvres à « subir les inévitables pertes économiques » pour regonfler les profits des capitalistes. Cette guerre unilatérale contre les travailleurs a été facilitée par la bureaucratie syndicale, qui manœuvre pour obtenir quelques miettes tout en colportant le mythe du « partenariat » entre les travailleurs et les patrons et leurs partis, particulièrement les démocrates qui se présentent mensongèrement comme les « amis des travailleurs ».
Innovation technique et investissements capitalistes
Le thème principal du livre de Levinson est que la croissance économique, basée sur une augmentation de la productivité du travail via l’innovation technique, n’est pas affectée par la politique gouvernementale. Il énumère plusieurs explications données par les économistes universitaires pour le ralentissement de la croissance de la productivité dans les pays capitalistes avancés depuis les années 1970, avant d’écrire :
« Aucune de ces explications ne suffisait à expliquer l’anémie de la productivité qui affecte des pays ayant des économies extrêmement différentes et des approches divergentes en termes de politique économique. Plus les chercheurs fouillaient les données, plus ils y perdaient leur latin. Ce que les données ne pouvaient pas encore montrer, c’était que le monde était entré dans une nouvelle phase de croissance économique, qui allait se dérouler d’une manière très différente […].
« A l’avenir, les avancées en termes de bien-être dépendront fortement du développement d’innovations et de leur utilisation effective. »
Cette dernière affirmation est évidemment vraie. L’augmentation de la productivité du travail sous le capitalisme est déterminée par deux facteurs principaux : dans quelle mesure les capitalistes investissent leurs profits dans de nouvelles unités de production (usines et machines) employant des techniques plus avancées, et dans quelle mesure ces nouvelles techniques augmentent la production pour une quantité donnée de travail mise en œuvre.
Levinson reconnaît qu’il existe un lien de causalité entre le ralentissement de la croissance de la productivité du travail et un déclin du taux d’investissement en capital :
« Dans toutes les économies des pays riches, les investissements privés, qui augmentaient en moyenne de 5,6 % par an entre 1960 et 1973, ont crû à un rythme beaucoup plus lent, moins de 4 % par an, au cours des deux décennies suivantes. Du fait de l’anémie de l’investissement, la sidérurgie a continué à faire fonctionner de vieux hauts-fourneaux, et les compagnies d’assurance à utiliser des imprimantes à haut débit commandées par ordinateur pour imprimer des formulaires que des employés rangeaient ensuite dans des tiroirs. Les innovations techniques arrivent généralement dans le monde des affaires incarnées dans de nouveaux équipements et de nouvelles usines. Comme les entreprises remettaient sans cesse ce genre d’investissement à plus tard, la productivité de leurs salariés a augmenté deux fois moins vite pendant les décennies d’après 1973 que pendant celles précédant cette date. »
Mais Levinson ne tente jamais d’expliquer pourquoi le taux d’investissement a tellement baissé. En particulier, il ne s’intéresse pas aux relations entre les investissements, l’innovation technique et le taux de profit.
Comme le soulignait Marx, les capitalistes investissent dans de nouvelles usines utilisant des techniques plus avancées si et seulement si ils pensent que l’augmentation du profit par ouvrier sera plus importante que l’augmentation de la valeur du capital investi par ouvrier. Si les capitalistes découvrent que leurs investissements ne génèrent pas un taux de profit compétitif, ils stoppent ou réduisent leurs investissements, provoquant ainsi souvent une récession économique.
Marx a ainsi démontré que la production capitaliste constitue un frein croissant au développement historique, en même temps qu’elle crée le fossoyeur du capitalisme, le prolétariat. Karl Marx et Friedrich Engels ont expliqué que la seule manière de mettre fin au cycle expansion-récession inhérent au capitalisme est que la classe ouvrière prenne le contrôle des moyens de production par une révolution socialiste et instaure une économie planifiée et collectivisée.
Les « trois révolutions industrielles » de Gordon
Levinson et son alter ego plus à gauche Gordon étudient tous deux le ralentissement de la croissance américaine depuis les années 1970. Levinson reconnaît au moins que ce ralentissement a pour origine une chute des investissements, même s’il n’avance aucune explication sur les raisons de cette chute. Gordon avance une explication qui excuse davantage le système capitaliste et qui est encore plus pessimiste pour l’avenir.
Gordon part implicitement du postulat que toutes les innovations techniques progressistes – que ce soit dans la sphère de la production ou dans celle des produits de consommation – ont été et seront transformées en nouvelles marchandises commercialisées massivement (et donc en général à des prix abordables), bien que cela puisse parfois prendre beaucoup de temps. Pour paraphraser la caricature du philosophe allemand Leibniz par Voltaire, le capitalisme américain est pour Gordon le meilleur des mondes possibles en ce qui concerne l’innovation technique. Si les possibilités de croissance ont diminué ces dernières décennies, c’est parce que le caractère intrinsèque des innovations techniques a changé d’une manière qui diminue leur effet sur la productivité. (cont. ) http://www.icl-fi.org/francais/lebol/223/economistes.html
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Démagogie chauvine et poison raciste - Le FN, une menace sinistre pour les travailleurs et les opprimés

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Le Bolchévik nº 219 Mars 2017
Démagogie chauvine et poison raciste
Le FN, une menace sinistre pour les travailleurs et les opprimés
Alors que le monde capitaliste est plongé depuis plus de huit ans dans une crise économique interminable, le populisme d’extrême droite fait des ravages croissants. Donald Trump a pris le pouvoir aux Etats-Unis et aggrave encore la guerre d’Obama contre les immigrés. Plus près d’ici, les réfugiés se noient en Méditerranée ou sont enfermés dans des camps de l’Union européenne (UE), en Grèce et en Italie notamment. Non seulement il y a maintenant une série de régimes d’extrême droite en Europe de l’Est, mais Marine Le Pen apparaît de plus en plus comme ayant des chances pour le poste de présidente de l’impérialisme français. Elle profite directement de la « guerre contre le terrorisme » raciste du gouvernement Hollande, soutenue par l’essentiel de la gauche, pendant que les bureaucrates syndicaux agitent le protectionnisme qui alimente le chauvinisme dans la classe ouvrière.
Depuis que Marine Le Pen a pris la tête du FN en janvier 2011, de nombreux articles de journaux dans la presse bourgeoise et de nombreux ouvrages déclarent que ce parti d’extrême droite se serait « dédiabolisé », normalisé au point d’être devenu un parti bourgeois comme les autres. On a ainsi fait grand cas de l’interview de Marine Le Pen à l’hebdomadaire Le Point le 3 février 2011, où elle avait pris ses distances avec l’horrible formule, maintes fois répétées par son père Jean-Marie, selon laquelle les chambres à gaz où les nazis avaient exterminé des millions de Juifs n’étaient qu’un « point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».
Alors le FN est-il encore fasciste ? Et d’abord qu’est-ce que le fascisme ? C’est le révolutionnaire russe Léon Trotsky qui l’a parfaitement expliqué, ayant lutté de toutes ses forces contre la montée du nazisme et de Hitler en Allemagne dans les années 1930, face à la politique désastreuse de Staline qui conduisit à la victoire de Hitler. Il a aussi suivi à la même époque le développement des fascistes en France, notamment dans sa brochure Où va la France ? (1934) où il écrivait :
« La bourgeoisie a mené sa société à une banqueroute complète. Elle n’est capable d’assurer au peuple ni le pain ni la paix. C’est précisément pourquoi elle ne peut supporter plus longtemps l’ordre démocratique. Elle est contrainte d’écraser les ouvriers à l’aide de la violence physique. Mais on ne peut pas venir à bout du mécontentement des ouvriers et des paysans par la police seule. Faire marcher l’armée contre le peuple, c’est trop souvent impossible : elle commence par se décomposer et cela s’achève par le passage d’une grande partie des soldats du côté du peuple. C’est pourquoi le grand capital est contraint de créer des bandes armées particulières, spécialement dressées contre les ouvriers, comme certaines races de chiens sont dressées contre le gibier. La signification historique du fascisme est d’écraser la classe ouvrière, de détruire ses organisations, d’étouffer la liberté politique à l’heure où les capitalistes s’avèrent déjà incapables de diriger et de dominer à l’aide de la mécanique démocratique. « Son matériel humain, le fascisme le trouve surtout au sein de la petite bourgeoisie. Celle-ci est finalement ruinée par le grand capital. Avec la structure sociale actuelle, il n’y a pas de salut pour elle. Mais elle ne connaît pas d’autre issue. Son mécontentement, sa révolte, son désespoir, les fascistes les détournent du grand capital et les dirigent contre les ouvriers. On peut dire du fascisme que c’est une opération de luxation des cerveaux de la petite bourgeoisie dans les intérêts de ses pires ennemis. Ainsi, le grand capital ruine d’abord les classes moyennes, ensuite, à l’aide de ses agents mercenaires, les démagogues fascistes, il dirige contre le prolétariat la petite bourgeoisie tombée dans le désespoir. Ce n’est que par de tels procédés de brigand que le régime bourgeois est encore capable de se maintenir. Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’il soit renversé par la révolution prolétarienne. »
Ce qui distingue le fascisme des autres mouvements réactionnaires, ce n’est donc pas en soi leur degré de xénophobie, d’anticommunisme, de sexisme, de racisme antijuif ou anti-musulmans ou de haine de la classe ouvrière. La physionomie politique spécifique du fascisme (en même temps que son rôle historique au service de la bourgeoisie) est déterminée avant tout par son mode d’action : la mobilisation extraparlementaire de masse de petits bourgeois enragés par la crise économique (drainant aussi des ouvriers arriérés), organisés en bandes armées pour le pogrom raciste et pour casser les reins au mouvement ouvrier et le détruire, et au bout du compte sauver le capital financier.
Dans les années 1920 et 1930, la France a connu des mouvements fascistes de masse. Il est important d’insister là-dessus, parce qu’à partir des années 1950 tout un courant d’historiens, à la suite du politologue catholique René Rémond, a construit une légende que dans ce pays le fascisme n’aurait jamais existé. Il s’agissait alors pour ces idéologues de la bourgeoisie française de faire oublier la prétendue « parenthèse » du régime de Vichy, dans le contexte de la guerre froide où il fallait faire croire que la douce France démocratique éternelle était menacée par un seul danger, le communisme bolchévique (voir notre article en deux parties « Aux origines du fascisme français », le Bolchévik n° 217 et 218).
Même quand la bourgeoisie n’est pas prête à porter les fascistes au pouvoir, elle peut les utiliser comme force d’appoint pour mater la classe ouvrière. C’est une situation de ce genre que décrivait Trotsky en juillet 1934 : « C’est pourquoi, tout en soutenant activement et en finançant les bandits réactionnaires en tant qu’un de ses détachements, la bourgeoisie française essaie de ne pas pousser les choses jusqu’à la victoire politique du fascisme, mais plutôt jusqu’à l’établissement d’un “pouvoir fort” qui, en dernière analyse, devra discipliner les deux camps extrêmes » (« Bonapartisme et Fascisme »).
En tout cas, l’existence même d’un mouvement fasciste représente pour le prolétariat une menace mortelle. Pour écraser cette vermine, il faut des mobilisations de front unique basées sur la puissance sociale des syndicats qui rassemblent derrière eux toutes les victimes désignées des fascistes. C’est pourquoi le fait de caractériser une formation politique comme fasciste a pour les marxistes des conséquences programmatiques, y compris pour un petit groupe de propagande de combat comme le nôtre. Cela implique de mettre en avant dans notre propagande la nécessité de telles actions de front unique, et également de chercher à en organiser, de manière exemplaire, à chaque fois que nous en avons la possibilité et les forces, ce que nous avons fait dans le passé.
Le fascisme est inhérent au système capitaliste à l’ère impérialiste. Pour l’éradiquer une bonne fois pour toutes, il faudra liquider le capitalisme à l’échelle mondiale par une série de révolutions ouvrières, ce qui permettra de collectiviser les moyens de production et de réorganiser de fond en comble l’économie au moyen d’une planification socialiste internationale. Nous luttons pour construire le parti ouvrier révolutionnaire qui pourra diriger les ouvriers jusqu’à cette victoire.
Le FN aujourd’hui : un parti fascisant
Le FN, même s’il était indubitablement fasciste au moment de sa création en 1972, n’est plus aujourd’hui un parti fasciste en tant que tel ; il serait plus précis de le qualifier de fascisant. C’est une manière de décrire une réalité contradictoire. D’un côté, aujourd’hui, l’essentiel de l’activité du FN n’est pas dans la rue à la tête de petits bourgeois enragés pour aller traquer des militants de gauche et des syndicalistes et organiser des pogroms contre les immigrés ou leurs enfants. Dans le climat postsoviétique, le fait que la bourgeoisie ne se sent pas menacée par une insurrection de la classe ouvrière se traduit par le fait que le FN, comme la plupart des organisations fascistes en Europe, s’est de plus en plus focalisé sur les activités électorales. Si Hitler a lui aussi utilisé les élections pour arriver au pouvoir, s’il a aussi affirmé à l’occasion qu’il respecterait le processus démocratique bourgeois, sa véritable force c’était les SA (sections d’assaut), les « chemises brunes » !
D’un autre côté, le FN n’est pas juste un parti bourgeois parlementaire qui serait un peu plus raciste, populiste et réactionnaire que les autres. Le noyau militant historique du FN était indiscutablement et authentiquement fasciste. Par ailleurs, tout ou partie du réseau de militants, d’élus et de cadres que ce parti est en train de construire à la faveur de ses succès électoraux pourrait très bien fournir l’ossature d’une organisation véritablement fasciste et de ses sections d’assaut au cas où la bourgeoisie française se trouverait à nouveau confrontée à une montée explosive de la lutte des classes.
Le FN pourrait résoudre ses contradictions en se muant en parti vraiment fasciste, ou inversement en se transformant en parti bourgeois de droite plus ou moins ordinaire. Ou encore le FN pourrait éclater en engendrant une organisation fasciste et un parti bourgeois réactionnaire, comme cela a été le cas en Italie pour le MSI (Movimento sociale italiano) dont le gros s’est transformé en un parti électoral qui a fusionné avec le mouvement du politicien bourgeois et magnat de l’audiovisuel Berlusconi.
Notre attitude à l’égard d’un parti fascisant doit refléter ce caractère contradictoire. Quoi faire dépend des circonstances concrètes. Quand des militants d’un tel parti essayent de commettre des provocations physiques contre par exemple des immigrés ou des réfugiés, ou des piquets de grève, nous sommes pour la mobilisation des travailleurs et opprimés pour les arrêter. Mais nous reconnaissons une différence entre ce genre de provocation et de simples discours d’un porte-parole ou d’un idéologue réactionnaire, y compris s’il est membre d’un parti fascisant. Quand des représentants d’un parti fascisant tiennent meeting pour vomir leurs idées réactionnaires, nous préconisons la protestation par voie de manifestation ou rassemblement afin de les dénoncer et mettre à nu ce poison raciste.
Par ailleurs nous soutenons la pratique de certains syndicats d’exclure de leurs rangs les militants FN qui se présentent ouvertement comme des porte-parole de cette organisation raciste profondément antisyndicale, comme l’a fait la CGT en 2011 avec Fabien Engelmann, aujourd’hui maire FN de Hayange.
En tout cas, le potentiel pour un « passage à l’acte » fasciste du FN est bel et bien là. Le FN et ses chefs entretiennent toute une série de liens personnels et financiers avec d’ex-« rats noirs » du GUD (« Groupe union défense »), un groupuscule fasciste qui faisait le coup de poing, avec des barres de fer, contre les militants de gauche sur les facs dans les années 1970 et 1980, comme Frédéric Chatillon ou Axel Loustau, amis personnels de Marine Le Pen et ayant toujours aujourd’hui des accointances avec le GUD.
Un des principaux dirigeants du Bloc identitaire, Philippe Vardon, est maintenant « un élément-clé de la direction de campagne de Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle » (le Monde, 2 janvier). Vardon a été condamné en octobre 2016 à six mois de prison ferme pour sa participation à une agression raciste contre trois jeunes d’origine maghrébine à Fréjus en 2014.
Le Figaro a publié le 24 février 2015 un article intitulé « Départementales : le FN désigne de nouveau Coutela, malgré son “apologie de Breivik” ». Breivik est le terroriste fasciste qui a assassiné 69 jeunes militants sociaux-démocrates norvégiens en juillet 2011. D’après le Figaro, « Jacques Coutela fait son retour au Front national après quatre années de diète en raison de ses prises de position. Il a été désigné candidat aux départementales de mars par les instances frontistes ». Juste après le massacre d’Oslo, Coutela « avait écrit sur son blog, baptisé “la valise ou le cercueil”, un texte qui présentait Anders Behring Breivik comme “résistant”, “icône”, “premier défenseur de l’Occident”, ou encore comme “Charles Martel 2” ».
Ordre nouveau, Occident et le FN
Aux origines du FN se trouve la grève générale de Mai 68 : elle raviva la peur de la révolution dans la bourgeoisie, alors que la révolution vietnamienne prenait le dessus contre l’impérialisme américain et que les troupes soviétiques étaient à quelques centaines de kilomètres de Strasbourg. La colère ouvrière fut finalement canalisée par le PS et le PCF dans un nouveau « front populaire », une alliance de collaboration de classes derrière François Mitterrand (lui-même fasciste dans les années 1930) avec le PCF et les bourgeois du Parti radical de gauche. Mais, pour parer à toute éventualité, il y eut tout naturellement dans cette période un renouveau de l’activisme fasciste.
Le groupe fasciste Occident, fondé par Pierre Sidos, fut dissous en novembre 1968 mais un de ses dirigeants, Alain Robert, fut à l’initiative de la fondation d’Ordre nouveau (ON) en novembre 1969 au côté de François Duprat, ancien membre de l’OAS (Organisation armée secrète, une bande de terroristes fascistes qui voulaient maintenir l’Algérie française). L’essentiel de l’activité d’ON se faisait dans la rue, avec des batailles rangées contre les militants d’extrême gauche, notamment de la Ligue communiste d’Alain Krivine (ancêtre du NPA). Les affrontements atteignirent leur point culminant le 21 juin 1973 devant la Mutualité à Paris où ON voulait tenir un meeting intitulé « Halte à l’immigration sauvage ! » Suite à cette manifestation, ON ainsi que la Ligue communiste furent dissous le 28 juin 1973.
Le FN fut créé par ON le 5 octobre 1972. A l’époque, les dirigeants d’ON concevaient le FN comme une étape électoraliste sur le chemin de leur « révolution nationaliste et populaire ». Le FN était vu par ses différentes composantes comme un moyen de réunir les « nationalistes » et les « nationaux ». Les « nationalistes » étaient les fascistes purs et durs d’ON, et les « nationaux » des gens comme Jean-Marie Le Pen – des fascistes « légalistes ».
Jean-Marie Le Pen est connu pour avoir fait ses armes en Algérie comme tortionnaire. Son côté « légaliste », c’est qu’il s’est tourné très tôt vers les élections. Il a été député de la 3e circonscription de la Seine entre 1956 et 1962, où il avait été élu pour la première fois sur la liste du mouvement de Pierre Poujade, un mouvement populiste de droite et raciste issu d’une révolte fiscale. Poujade avait été dans sa jeunesse membre du Parti populaire français (PPF) fasciste de Jacques Doriot. A la fin des années 1950 et au début des années 1960, Le Pen fonde plusieurs comités en défense de l’« Algérie française » puis le comité pour la candidature à la présidentielle de 1965 de Jean-Louis Tixier-Vignancour, l’avocat de l’écrivain antijuif Céline et du général putschiste en Algérie Raoul Salan.
Dans le FN des débuts, entre sa fondation en octobre 1972 et juin 1973, il y a une tension constante entre les fascistes de la nouvelle génération, comme les étudiants Alain Robert ou Pascal Gauchon qui se sont habitués aux batailles de rue contre la Ligue communiste, et ceux de la vieille garde incarnée par l’ancien milicien Brigneau ou les anciens d’Indochine et d’Algérie comme Holeindre ou Le Pen, qui veulent s’orienter davantage vers les élections. C’est suite à la dissolution d’ON en juin 1973 que Le Pen voit l’opportunité de prendre le contrôle du FN. Il profite de l’interdiction d’ON pour renforcer ses positions au sein de l’appareil en nommant au poste de secrétaire administratif Victor Barthélémy, ancien secrétaire du PPF de Doriot en zone sud pendant l’Occupation, et en remplaçant Alain Robert par Dominique Chaboche, ancien d’Occident et de la campagne pour Tixier-Vignancour.
Après une importante scission en 1973, Jean-Marie Le Pen s’efforce, avec l’aide de Duprat, de reconstituer la base militante du FN en ralliant diverses formations fascistes comme les Groupes nationalistes révolutionnaires (GNR), dont Duprat lui-même est un responsable, la Fédération d’action nationaliste européenne (FANE) dirigée par Mark Fredriksen ainsi que d’autres groupuscules. Les GNR apportent 300 membres environ et la FANE environ 500. Les GNR sont supplantés peu à peu à partir de fin 1977, puis surtout après l’assassinat de Duprat en mars 1978, par les « solidaristes » de Jean-Pierre Stirbois (qui sont à peu près du même acabit), et la rupture du FN avec les GNR et la FANE est à peu près définitive début 1981. Les catholiques intégristes de Bernard Antony accompagnent aussi les stirboisiens dans le FN.
Donc lors de sa fondation le FN est indéniablement un groupe fasciste. Nous les caractérisions de fascistes « légalistes » qui « servent dès maintenant de couverture et de réservoir pour les groupes fascistes paramilitaires » (le Bolchévik n° 20, novembre-décembre 1980). Mais si le FN avait été conçu pour devenir un véhicule électoral, ses débuts sont sous cet aspect plus que laborieux. En 1974, Jean-Marie Le Pen se présente aux présidentielles et récolte un score dérisoire (0,75 % des voix) ; aux présidentielles suivantes, en 1981, il ne peut pas réunir un nombre suffisant de « parrainages » d’élus pour se présenter.
Le front populaire de Mitterrand a gonflé les voiles des fascistes
A partir de l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981 et jusqu’à aujourd’hui, on a assisté, au fil des « alternances » entre la gauche et la droite parlementaire, à une progression des scores électoraux du FN. En 1984, trois ans après l’élection de Mitterrand, le FN réalise sa première percée électorale majeure en remportant 11,2 % des voix aux élections européennes. Deux ans plus tard, à la faveur de l’adoption d’un mode de scrutin proportionnel, il envoie 35 députés à l’Assemblée nationale. Depuis, son score aux élections augmente régulièrement.
La gauche réformiste et chauvine au pouvoir, et plus largement les représentants de la démocratie capitaliste, ont une responsabilité centrale dans cette montée du FN : en reprenant ses thèmes de campagne anticommunistes et racistes, ils ont légitimé le FN qui pouvait capitaliser sur le thème « préférez l’original à la copie ». Mitterrand a été le fer de lance de la deuxième guerre froide antisoviétique en Europe et les gouvernements de front populaire ont mis en œuvre des campagnes racistes à l’encontre des travailleurs immigrés originaires du Maghreb et d’Afrique noire et leurs enfants.
En effet, un an après son élection, le gouvernement Mitterrand se trouva confronté à de grandes grèves dans les usines automobiles, centrées sur les ouvriers immigrés qui pensaient – à tort – que ce gouvernement leur donnerait plus facilement raison. Ces grèves allaient se succéder pendant plus de deux ans, culminant avec la grève de l’usine Talbot (aujourd’hui PSA) de Poissy, où une part importante des ouvriers étaient marocains. Pour essayer de casser cette agitation, les gouvernements de Mitterrand n’hésitèrent pas à répandre le poison du racisme pour diviser et affaiblir les ouvriers.
Gaston Defferre, le ministre « socialiste » de l’Intérieur, dénonçait ainsi « des grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites » (les ayatollahs chiites iraniens avaient pris le pouvoir quatre ans auparavant). Quant au Premier ministre Pierre Mauroy, il laissait carrément entendre que les grévistes immigrés étaient manipulés par des islamistes à la solde de ces mêmes ayatollahs iraniens en expliquant que les grévistes étaient « agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises » !
Il faut insister sur la contribution du PCF, avec mention spéciale pour le bulldozer envoyé en décembre 1980 par le maire de Vitry-sur-Seine en banlieue parisienne pour détruire un foyer de travailleurs maliens. Cette infamie avait été un gage donné par les dirigeants PCF : ils étaient prêts à faire le « sale boulot » pour aider Mitterrand à gérer loyalement les intérêts du capitalisme, et ils en furent récompensés par quelques ministères après l’élection de Mitterrand en 1981. Le FN utilise régulièrement dans sa propagande des citations du dirigeant du PCF d’alors, Georges Marchais, pour « produire français » et disant qu’« il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ».
Ces campagnes racistes de Mitterrand et du PCF ont de plus en plus légitimé le racisme encore plus infect et meurtrier du FN. Et cela a continué : Chirac et sa diatribe contre « le bruit, et l’odeur » des familles immigrées en 1991, Giscard à la même époque et son « invasion » d’immigrés ; puis les expulsions d’immigrés par charter d’Edith Cresson, Premier ministre de Mitterrand en 1991-1992 ; Rocard, lui aussi Premier ministre de Mitterrand, et son « nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde ». Et Mitterrand lui-même déclarant qu’un « seuil de tolérance a été franchi dans les années 1970 » en matière d’immigration. On peut continuer avec le gouvernement sécuritaire de Jospin-Mélenchon en 2001 ou celui de « guerre contre le terrorisme » de Valls-Hamon en 2014.
Les années 1980 et 1990 : essor électoral du FN et terreur raciste
Une chose frappante dans les livres récents sur le FN d’Alexandre Dézé, Valérie Igounet ou David Doucet, c’est qu’ils sont essentiellement centrés sur les résultats électoraux. Ceci reflète bien sûr une réalité importante. Mais pour trouver des exemples de violentes attaques physiques perpétrées par des membres ou sympathisants du FN, mieux vaut piocher dans notre journal. Pour ce qui est des années 1980, quand on lit les Bolchévik de l’époque, on comprend que la chasse était ouverte contre les immigrés et leurs enfants.
Comme nous l’expliquons dans le Bolchévik n° 200 (juin 2012), depuis des années « l’immense majorité des crimes racistes dans ce pays sont commis par des flics dans l’exercice de leurs fonctions ». C’était déjà vrai dans les années 1970 et les années 1980. En fait, c’était la continuation de la bataille d’Alger et d’Octobre 1961 dans les rues des banlieues et des grandes villes de France. Maurice Rajsfus, écrivain juif antisioniste, rapportait en 2008 : « Entre 1977 et 2001, il y a eu environ 196 morts par les faits de policiers, recensés par la presse ; en majorité il s’agissait de mineurs, d’origine maghrébine, des garçons, tués d’une balle dans le dos. » Cela fait à peu près 8 assassinats par an ou 2 par trimestre, et ces chiffres officiels sont plus ou moins constants jusqu’à aujourd’hui.
Mais il y avait aussi des meurtres d’immigrés et de militants de gauche perpétrés par des membres du FN et de sa périphérie, par exemple l’assassinat par des colleurs d’affiche du Front national le 7 mars 1986, en pleine campagne électorale, de Philippe Brocard, militant du Parti socialiste et de la CFDT à Croissy, dans les Yvelines. Un de ses camarades, témoin de la scène, raconte que les nervis fascistes leur avaient lancé « Elles vous plaisent pas nos affiches ? », et qu’ensuite « il y en a un qui m’a menacé avec un couteau. Philippe est intervenu en donnant un coup de pinceau. L’autre s’est retourné et lui a donné plusieurs coups de couteau. Il s’est acharné sur lui. Pendant qu’il était à terre, les autres lui ont même mis des coups de pied. Ils étaient neuf, nous étions trois. »
Plus près de nous, il y a eu l’assassinat du jeune Marocain Brahim Bouarram le 1er mai 1995 (un « incident » selon Jean-Marie Le Pen), lors de la manifestation « Jeanne d’Arc » organisée chaque année par le FN. Brahim Bouarram avait alors été agressé puis poussé dans la Seine par des individus qui participaient à cette manifestation réactionnaire. Dans le Bolchévik n° 132 (mars-avril 1995), nous écrivions : « Dans la nuit du 21 au 22 février, dans les quartiers nord de Marseille, Ibrahim Ali, un jeune d’origine comorienne de dix-sept ans, a été tué alors qu’il s’apprêtait avec ses copains à attraper le dernier bus pour rentrer chez lui. Trois gangsters “colleurs d’affiches” du FN lui ont tiré une balle de 22 long rifle dans le dos. Leurs affiches haineuses, sur lesquelles le chef du FN, ricanant comme une hyène, promet “Avec Le Pen, trois millions d’immigrés rapatriés”, sont à peine séchées qu’ils sont passés à l’acte en tirant des coups de feu sur de jeunes Noirs qui avaient le malheur de passer par là. » Nous ajoutions : « Le Pen et son acolyte Mégret, dénonçant le fait que “Marseille est la première ville comorienne”, revendiquent bien haut l’assassinat d’Ibrahim Ali en invoquant une soi-disant “légitime défense” – un appel à d’autres meurtres racistes. »
Contre-révolution capitaliste et régression du niveau de conscience
La victoire de la contre-révolution capitaliste en Europe de l’Est et en URSS au début des années 1990 a eu dans les pays capitalistes des conséquences profondes, notamment ici en France. Cette défaite historique catastrophique pour les travailleurs du monde entier a enhardi la bourgeoisie, qui depuis lors n’a de cesse d’augmenter ses profits en cherchant à accroître toujours davantage le taux d’exploitation de la classe ouvrière et en serrant toujours plus fort la vis de l’austérité. Ce faisant, les maîtres du capital et les gouvernements à leur service précipitent dans la misère et la dégradation sociale de larges couches de la petite bourgeoisie.
La campagne idéologique sur la « mort du communisme » et le triomphalisme bourgeois qui ont accompagné cette défaite historique ont eu un certain succès et se sont traduits par une régression de conscience de la classe ouvrière et par une progression générale des idéologies réactionnaires en tous genres. Le vote relativement élevé en faveur du FN parmi les jeunes générations ouvrières (elles-mêmes surtout marquées par l’abstentionnisme) reflète parallèlement la faiblesse extrême de la syndicalisation de jeunes travailleurs frappés par la précarité.
Au-delà du cas du FN en France, ce climat réactionnaire a alimenté l’inquiétante progression électorale de forces populistes nationalistes et xénophobes qui s’est produite ces dernières années dans beaucoup d’autres pays d’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis. Mais d’un autre côté le faible niveau de la lutte de classe ouvrière (malgré la lutte contre la loi El Khomri), et cette baisse même du niveau de conscience, rend moins palpable le spectre d’une révolution, et donc le besoin pour la bourgeoisie d’avoir recours aux méthodes extrêmes du fascisme pour l’écraser.
Racisme anti-Juifs et anti-musulmans
Avec Marine Le Pen, la ligne officielle historique antijuive du FN est passée à l’arrière-plan et le bouc émissaire est plus que jamais l’« immigré », le « musulman » ou le « terroriste », tandis que les Juifs sont appelés à rejoindre le combat contre cet ennemi commun « arabe ». Par exemple Marine Le Pen déclarait en juin 2014 : « Je ne cesse de le répéter aux Français juifs, qui sont de plus en plus nombreux à se tourner vers nous : non seulement, le Front national n’est pas votre ennemi, mais il est sans doute dans l’avenir le meilleur bouclier pour vous protéger, il se trouve à vos côtés pour la défense de nos libertés de pensée ou de culte face au seul vrai ennemi, le fondamentalisme islamiste. »
« Dédiabolisation » ou pas, et même si la génération montante de dirigeants du FN compte quelques Juifs, la haine antijuive est toujours ancrée dans et autour de ce parti. Lors de la manifestation du 13 janvier 2013 contre le mariage gay, Marion Maréchal-Le Pen et Alain Jamet, vice-président du FN, défilaient côte à côte avec Nick Griffin, président du BNP (une organisation fasciste britannique). Négationniste notoire, Griffin affirme que l’Holocauste est un « bobard ». De très nombreuses déclarations contre les Juifs sont régulièrement faites ou postées sur les réseaux sociaux par des élus ou responsables du FN (parfois proches de la garde rapprochée de Marine Le Pen) sans que cela provoque la moindre réaction.
Dans la même logique de mobilisation générale contre l’« ennemi principal » immigré et musulman, le FN de Marine Le Pen se présente désormais comme le champion de la « laïcité », un mot de code pour les préjugés et les mesures discriminatoires racistes contre les musulmans, à commencer par l’interdiction du foulard islamique à l’école. A partir de 2010, le FN a commencé à se présenter comme le meilleur défenseur de la « laïcité » contre l’« islamisation ». Toutes les campagnes menées pour l’exclusion des femmes voilées, que ce soit dans les collèges et lycées, dans les universités ou les services publics, campagnes qui sont le plus souvent à l’initiative des PS, LO, etc., ont ouvert un boulevard au FN.
La nièce et la fille : maréchalistes et nationaux-socialistes
Après la querelle entre le père et la fille, le FN est maintenant tiraillé par les tensions entre deux tendances menées d’un côté par Marine Le Pen et son vice-président Florian Philippot, de l’autre par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen. On peut les rattacher à deux courants historiques du fascisme français : les « marinistes » représentent une tendance populiste qu’on peut qualifier de « nationale-socialiste », tandis que les « maréchalistes » incarnent plutôt une tradition cléricale-réactionnaire pétainiste et catholique.
Ces différences s’expriment assez nettement sur des questions comme le mariage gay. D’un côté la nièce, avec ses amis du GUD, a été au premier rang des mobilisations contre cette loi orchestrées par les réactionnaires catholiques de la « manif pour tous ». Et de l’autre la tante a refusé de participer à ces manifestations anti-homosexuelles ; elle déclare que les Français homosexuels sont pour elle « d’abord français ». Sylvain Crépon fait remarquer dans le livre les Faux-semblants du Front national qu’un certain nombre d’homosexuels « acquis aux idées frontistes depuis longtemps […] hésitaient à rejoindre le parti tant que Jean-Marie Le Pen, perçu comme foncièrement homophobe, le présidait » mais que « les paroles de sa fille dénonçant une homophobie qui sévirait dans certaines banlieues ont contribué à briser leurs réticences ».
Dans la mesure où le FN adopte une posture moins homophobe, toute relative, c’est pour alourdir encore la barque des musulmans, présentés comme la source de l’homophobie en France – un pays où de nombreuses discriminations légales contre l’homosexualité n’ont été abrogées que dans les années 1980 et où la PMA demeure interdite aux homosexuels.
On a pu aussi constater récemment des divergences entre les deux Le Pen sur la loi El Khomri, notamment. La direction « mariniste » du FN a fait retirer une série d’amendements déposés à l’Assemblée et au Sénat par Marion Maréchal-Le Pen et plusieurs autres élus frontistes (dont l’avocat Gilbert Collard et le maire de Fréjus David Rachline) qui durcissaient le projet du gouvernement dans un sens encore plus antisyndical (relèvement des « seuils sociaux », limitation du « monopole syndical », etc.). Marine Le Pen est pour les ouvriers (français) comme Hitler était « socialiste » (« nazi » est une abréviation de « national-socialiste ») : c’est de la démagogie que les ouvriers paieront de leur sang si elle venait au pouvoir.
Ces divergences idéologiques entre « cléricaux-réactionnaires » économiquement « libéraux » et « nationaux-socialistes » protectionnistes recoupent aussi des clientèles électorales assez différentes. Elue de la région PACA, la nièce y a hérité de l’électorat traditionnel de l’extrême droite depuis le mouvement poujadiste des années 1950, composé en grande partie d’artisans, d’agriculteurs, de petits commerçants, de petits patrons et de « pieds-noirs ». Le fief électoral de la fille, lui, se situe dans des régions dévastées par la désindustrialisation, le chômage et la misère, où ses électeurs sont pour une grande partie des « petites gens » paupérisés ou qui craignent de l’être – y compris des employés, ouvriers ou chômeurs d’origine ouvrière – et qui votaient auparavant pour les partis de droite traditionnels ou, pour certains, PS ou PCF.
Opposition protectionniste et chauvine du FN à l’UE
Tant que l’Union soviétique existait, le FN était pour la « construction européenne » pour cimenter économiquement l’alliance militaire antisoviétique de l’OTAN. Mais depuis la contre-révolution et la restauration du capitalisme en Union soviétique et dans les pays de l’Est, le FN est devenu un opposant de l’UE, sur la base d’un chauvinisme français exacerbé. En fait l’UE est un bloc impérialiste instable, dominé par l’Allemagne (et secondairement la France) pour mieux saigner les pays les plus dépendants de l’UE et toutes les classes ouvrières de l’UE (y compris l’allemande) pour le compte des banquiers et autres capitalistes de Francfort, Paris, etc. Les marxistes sont catégoriquement opposés à l’UE, sur la base de l’internationalisme prolétarien révolutionnaire. A bas l’Union européenne ! A bas l’euro et la Banque centrale européenne !
Pourtant, en France comme ailleurs dans l’UE, la majorité des organisations réformistes (qu’il s’agisse du PS, du PCF, du NPA, de LO) et des bureaucrates syndicaux continuent de soutenir l’UE en colportant le mythe que cette alliance anti-ouvrière, cette forteresse anti-immigrés, pourrait d’une manière ou d’une autre être transformée en « Europe sociale » et paradis de la « libre circulation des personnes ».
Ils laissent ainsi le monopole de l’opposition à l’UE aux forces réactionnaires qui font de la démagogie chauvine anti-UE en prétendant s’opposer aux ravages de l’austérité dictée par « Bruxelles » et en déclarant sans sourciller que l’UE imposerait une « invasion » d’immigrés à la peau foncée, alors qu’en réalité elle leur multiplie les barrières. L’opposition à l’UE est même devenue un thème central du populisme du FN. Les LO et compagnie, en refusant de s’opposer à l’UE, renforcent l’influence du FN parmi ceux qui s’y opposent et ils légitiment ainsi, qu’ils le veuillent ou non, le venin raciste de ces réactionnaires.
Marine Le Pen se positionne aujourd’hui avec de grandes chances d’être en tête à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle. C’est une sinistre menace pour le mouvement ouvrier organisé, pour les immigrés, pour les Français soupçonnés d’être musulmans, mais aussi pour les femmes, les Juifs et les homosexuels ; elle encourage les exactions des fascistes à la périphérie du FN. Elle reflète le pourrissement nauséabond de l’impérialisme capitaliste français et le résultat désastreux des désillusions subies par les masses après tant de trahisons des bureaucrates syndicaux, du Parti socialiste et du PCF, notamment sous les gouvernements Mitterrand, Jospin et Hollande.
Aussi nous mettons en garde contre l’inévitable campagne des réformistes pour « battre le FN dans les urnes » en votant pour ceux qui… ont pavé la voie à la montée en force du FN et de la réaction avec la complicité des autres organisations de gauche et leurs campagnes pour l’Union européenne « sociale » et la « laïcité » anti-femmes musulmanes. La lutte contre le fascisme et contre le FN exige une lutte sans merci pour dresser la base du mouvement ouvrier contre ses directions réformistes chauvines et la gagner à la perspective tracée par la Révolution bolchévique d’octobre 1917. C’est lutter pour reforger la Quatrième Internationale de Léon Trotsky.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/219/fn.html
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Manifestations en Inde après un viol meurtrier (Mars 2013)

https://archive.is/dlZFs
Le Bolchévik nº 203 Mars 2013
Manifestations en Inde après un viol meurtrier
Pour la libération des femmes par la révolution socialiste !
Une énorme vague de protestations contre l’oppression des femmes a déferlé en Inde en réaction à l’horrible viol collectif et la mutilation, le 16 décembre dernier à Delhi, d’une élève kinésithérapeute de 23 ans qui a succombé quelques jours plus tard à ses blessures. Des manifestations ont éclaté dans de nombreuses grandes villes, dont Kolkata (Calcutta), Mumbai, Bangalore et Panaji. Fait significatif, des manifestations ont aussi eu lieu au Pakistan, au Bangladesh, au Népal et au Sri Lanka, où la condition des femmes est similaire à celle qui prévaut en Inde.
Delhi, qui se targue de faire partie de la « nouvelle » Inde, où centres commerciaux et night-clubs voisinent avec d’immenses bidonvilles, était à l’épicentre des manifestations. La capitale connaît en fait le taux de viols enregistrés le plus important parmi toutes les grandes villes indiennes. Etudiants et jeunes ont manifesté plusieurs jours durant, défiant courageusement la police qui les attaquait à coups de canons à eau, de gaz lacrymogènes et de lathi (matraques en bambou).
Les femmes étaient d’autant plus en colère que les propos grossièrement misogynes se sont multipliés pour imputer la responsabilité de ce crime à la victime. M.L. Sharma, l’avocat de l’un des cinq accusés, déclarait ainsi que les femmes « respectables » ne se font pas violer, tandis que le fils du président indien, Abhijeet Mukherjee, qualifiait les manifestantes de « peinturlurées » et « défraîchies » – autrement dit « occidentalisées » et plus très jeunes. Un dirigeant de l’organisation fascisante hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) déclarait de son côté que les crimes sexuels « sont rares au Bharat mais arrivent fréquemment en Inde » (Wall Street Journal, 8 janvier). Le RSS a des liens avec le Bharatiya Janata Party (BJP), un parti qui prône la suprématie hindouiste et défend ouvertement l’Hindutva (« l’authenticité hindoue »), un mélange empoisonné de nationalisme et d’obscurantisme religieux dans le but de provoquer des pogroms visant notamment les musulmans.
Le terme « Bharat », le nom de l’Inde en langue hindi, fait référence à un passé imaginaire de ruralité idyllique – par opposition à l’Inde urbaine, soi-disant corrompue par l’influence décadente de l’Occident, notamment sur les femmes. En réalité la vie pour la plus grande partie de la population des villages indiens est faite de misère extrême et d’oppression brutale dans le cadre du système des castes. Dans les campagnes, le viol des femmes dalit (« intouchables ») est considéré comme faisant partie des privilèges de caste des hommes appartenant aux castes « supérieures » ; ceux-ci violent les femmes pour soumettre et humilier leurs victimes et la caste tout entière de celle-ci. D’après une étude sur la violence contre les femmes dalit publiée en mars 2006 par l’association « Campagne nationale pour les droits de l’homme des dalit », sur 500 femmes interrogées, 116 avaient été victimes d’un viol individuel ou collectif ; parmi les agresseurs, « les propriétaires fonciers appartenant aux castes dominantes constituaient le groupe le plus important ».
La police prête souvent main-forte aux milices qui font des descentes dans des villages dalit entiers, brûlent les maisons et violent les femmes. Un événement de ce type survenu en novembre 2012 dans l’Etat du Tamil Nadu donne une petite idée de l’ampleur de ces déchaînements de violence : 148 maisons de dalit ont été incendiées par une horde de 2 500 hommes, parce qu’une femme non dalit avait épousé secrètement un dalit. Les policiers violent et assassinent aussi en toute impunité dans le cadre de l’offensive menée par l’armée dans des régions comme le Chhattisgarh, dans l’est de l’Inde, une offensive qui vise une insurrection maoïste basée sur la population adivasi (tribale). Au Cachemire, l’armée d’occupation indienne a recours à une violence meurtrière, y compris le viol, pour réprimer la population musulmane ; les coupables sont assurés de l’impunité par la « Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées ». En 1991, à Kunan Poshpora, des unités de l’armée indienne ont violé collectivement en une seule nuit plus d’une centaine de femmes du Cachemire âgées de 13 à 80 ans.
A beaucoup d’égards, la victime du viol de Delhi symbolise toute une couche de jeunes femmes qui vivent en ville, ont bénéficié d’une bonne éducation et ont trouvé du travail à la faveur de la croissance économique qu’a connue l’Inde ces dernières années. Son père, originaire de la région rurale de l’Uttar Pradesh, un des Etats les plus pauvres de l’Inde, avait émigré à Delhi il y a trente ans. Sa fille venait de réussir l’examen pour devenir kinésithérapeute ; comme tant d’autres jeunes femmes, elle travaillait dans un centre d’appels et aimait les vêtements occidentaux. Elle avait brisé un tabou en allant au cinéma, le soir de l’agression, accompagnée d’un homme appartenant à une caste de brahmanes, alors que sa propre famille était issue d’une caste d’agriculteurs.
L’augmentation des violences contre les femmes dans les villes indiennes fait partie intégrante d’un retour de bâton réactionnaire contre cette couche de jeunes femmes qui bénéficient de certaines possibilités d’ascension sociale et dont la condition est relativement privilégiée par rapport à celle des masses pauvres. Dans l’Inde « nouvelle », les femmes qui portent des talons hauts et des jupes courtes, ou qui pensent qu’elles ont le droit de choisir elles-mêmes leurs amis ou même de se marier hors de leur propre caste, sont vues comme une menace contre la morale traditionnelle, l’institution de la famille, la domination de la religion hindouiste et le système des castes qui domine la vie dans les campagnes.
La question de la libération des femmes est explosive en Inde, comme en fait dans tout le sous-continent indien. La lutte pour satisfaire les besoins les plus élémentaires des femmes – l’alphabétisation, l’éducation, la contraception, la fin du mariage forcé et la possibilité d’échapper à la misère et à la terrible oppression du système des castes – exige d’éradiquer la société capitaliste jusque dans ses fondations. L’essor de l’économie indienne a créé des richesses fabuleuses pour quelques-uns et plongé dans une misère encore plus grande l’immense majorité de la population. Dans les campagnes, des millions de paysans sont chassés de leur terre et s’entassent dans les bidonvilles tentaculaires des grandes villes, dans un dénuement indicible. La réalité sociale de l’Inde montre bien que la libération des femmes nécessite rien moins qu’une révolution socialiste.
Les flics : des ennemis mortels des femmes et de tous les opprimés !
Les manifestations contre le viol représentaient un cri de colère contre le traitement infligé aux femmes en Inde. En même temps, un grand nombre des revendications avancées ont un caractère « sécuritaire » réactionnaire, auquel la gauche réformiste a fait écho. Par exemple, le Parti communiste indien (marxiste), PCI(M), appelle à renforcer les pouvoirs de l’Etat capitaliste, à savoir des flics et des tribunaux. Il a d’abord publié un message de condoléances pour un policier qui avait trouvé la mort en participant à la féroce répression policière contre les manifestations à Delhi. C’est monstrueux (le message a depuis été retiré de son site internet www.cpim.org). Le PCI(M) a ensuite demandé le 4 janvier à la commission Verma, nommée par le gouvernement, d’introduire « une peine ferme de prison à vie, jusqu’à la mort » pour les violeurs et de « recruter beaucoup plus de femmes dans la police ».
Ce n’est pas la première fois que ce parti, qui pendant des dizaines d’années a administré l’Etat capitaliste au Bengale occidental, prend ainsi fait et cause pour les flics. Le gouvernement dirigé par le PCI(M) avait réprimé dans le sang en 2006 les paysans pauvres de Singur et Nandigram pour le compte de Tata Motors, un des plus grands groupes capitalistes indiens (voir « La banqueroute politique du stalinisme indien », Workers Vanguard n° 993, 6 janvier 2012).
Nous sommes contre toute extension des pouvoirs répressifs de l’Etat capitaliste qui pourrait être introduite sous prétexte de protéger les femmes. Qu’on ne s’y trompe pas : les mesures bourgeoises utilisées afin de faciliter les condamnations pour viol seront utilisées en priorité pour condamner des dalit, des musulmans et des pauvres en général – qui sont souvent punis pour des viols et autres crimes perpétrés par des membres des castes dominantes et de la police.
La perspective qu’offrent les féministes et la gauche réformiste consiste à se tourner vers l’Etat capitaliste pour qu’il garantisse la protection des femmes ; elle s’exprime invariablement dans des revendications pour la présence dans les rues de flics en plus grand nombre ou mieux formés. Le groupe pseudo-trotskyste Nouvelle Vague (basé à Pune), affilié à la Ligue internationale des travailleurs moréniste, a publié le 19 janvier une déclaration où il proposait « que les femmes soient davantage représentées dans la police » (www.litci.org). On trouve le même genre de chose sous la plume du groupe « Socialiste radical » affilié à l’ex-Secrétariat unifié : il préconise « des programmes approfondis de sensibilisation au genre et à la sexualité pour la police et la magistrature » (www.radicalsocialist.in, 20 janvier). En particulier en Inde, il est grotesque de semer des illusions que la police va protéger les femmes contre les violeurs, et cela peut être mortellement dangereux : les femmes risquent autant de se faire violer par des flics que par quelqu’un d’autre. Il est de notoriété publique que les commissariats de police sont des endroits dangereux pour une femme seule.
Si toute tentative pour lutter contre l’oppression des femmes en Inde est aussi explosive, cela montre combien ce sont des sornettes libérales de croire qu’on puisse évoluer petit à petit vers l’égalité pour les femmes en faisant confiance à l’Etat et à ses lois. L’égalité des droits est d’ailleurs déjà inscrite dans la Constitution indienne – sans que cela porte outre mesure à conséquence. Seule la révolution prolétarienne pourra répondre aux problèmes brûlants auxquels les femmes sont confrontées.
Le taux d’alphabétisation moyen des femmes indiennes est de 48 %, un niveau scandaleusement bas (contre 73 % pour les hommes). D’après une étude de l’UNICEF, 90 % des mariages sont des mariages arrangés (ceci vaut pour toutes les grandes religions et toutes les castes). Le taux de divorce est de 1,1 %, contre près de 50 % pour les Etats-Unis. Particulièrement pesante pour les femmes est la pratique ancienne et répandue de la dot – une quantité d’argent, de biens ou de terres que la famille de la mariée est obligée de verser. Le système de la dot fait que les filles sont un fardeau financier pour leur famille, ce qui incite à la pratique des avortements sélectifs (pour ceux qui peuvent se payer et le test et l’avortement). Comme la plupart des femmes n’ont pas accès à l’avortement, l’infanticide des filles est une pratique courante. La « mort pour dot », c’est-à-dire l’assassinat d’une épouse par son mari ou sa belle-mère, est un phénomène en augmentation. Le chiffre officiel était en 2008 de 8 172 « morts pour dot », mais d’après l’Association internationale contre la dot et l’immolation par le feu des femmes mariées, le chiffre réel pourrait être trois fois supérieur. Bien sûr, la pratique de la dot est interdite par la loi depuis 1961 – autant pour l’illusion libérale que la législation permettrait d’en finir avec le viol et les violences contre les femmes.
Une autre pratique largement répandue dans le sous-continent indien est le crime « d’honneur » : des femmes sont assassinées par des membres de leur propre famille parce qu’elles ont transgressé les limites des comportements sexuels considérés comme acceptables, notamment les relations sexuelles hors mariage ou les relations affectives intercastes. Parfois, ce sont les victimes de viol qui sont assassinées. Il arrive fréquemment qu’en Inde les victimes de viol soient contraintes d’épouser leur violeur pour préserver « l’honneur ». Pratique courante parmi les hindouistes, les sikhs et les musulmans, le crime d’honneur est la forme la plus brutale du contrôle exercé par les familles sur la sexualité des femmes.
Selon cette conception de l’honneur, la femme n’est rien d’autre qu’un bien meuble, propriété de son père ou de son mari qui peut en disposer à sa guise. Comme le faisait remarquer Friedrich Engels dans son ouvrage majeur l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat (1884) : « Pour assurer la fidélité de la femme, donc la paternité des enfants, la femme est livrée au pouvoir discrétionnaire de l’homme : s’il la tue, il ne fait qu’exercer son droit. » La famille est le pilier central de l’oppression des femmes ; avec la religion, elle est aussi un des fondements de l’ordre capitaliste.
L’émancipation des femmes est une question stratégique pour la libération de tous les opprimés en Inde et dans le sous-continent indien tout entier ; cela nécessite le programme de la révolution permanente. La classe ouvrière, à la tête de la paysannerie et de toutes les masses opprimées, doit s’emparer du pouvoir d’Etat au moyen d’une révolution socialiste, réorganiser la société sur la base de la propriété collectivisée et étendre la révolution au niveau international, notamment aux centres impérialistes. Le modèle historique pour tout ceci est la Révolution d’octobre 1917 en Russie, qui fut dirigée par le Parti bolchévique de Lénine et Trotsky. Dans cette perspective, la lutte pour la libération des femmes est d’une importance stratégique.
Asservissement impérialiste, patriarcat et castes
L’Inde possède un prolétariat significatif – dans les usines automobiles, les mines, la sidérurgie, les chemins de fer, le textile, l’industrie des machines-outils. Les capitalistes indiens et les puissances impérialistes auxquelles ils sont inféodés sont parfaitement conscients du pouvoir potentiel de la classe ouvrière. Les ouvriers de l’usine Maruti Suzuki (le plus grand groupe automobile indien) de Gurgaon, près de Delhi, ont mené en 2012 une série de grèves très dures ; ils se sont heurtés à une violente répression.
Le travail du prolétariat produit les richesses qui engraissent la classe dirigeante indienne et les banquiers internationaux. Mais ce pouvoir potentiel est entravé par les directions existantes de la classe ouvrière. La classe ouvrière, déjà clivée par caste, par religion et par ethnie, est divisée encore un peu plus entre des syndicats concurrents affiliés à des partis politiques. Il est essentiel de forger une direction marxiste révolutionnaire qui luttera pour l’unité et l’indépendance de classe du prolétariat. Le prolétariat qui a une conscience de classe doit faire sienne la lutte pour l’émancipation des femmes et se mettre à la tête de tous les opprimés ; il doit gagner à sa cause les masses des campagnes en prenant fait et cause pour une révolution agraire qui renversera les propriétaires fonciers et les capitalistes.
L’Inde est un exemple classique de « développement inégal et combiné ». Plus de 60 ans après l’indépendance, et malgré son « miracle » économique, elle reste un pays majoritairement rural – pas moins de 72 % de ses 1,2 milliard d’habitants vivent dans des villages où les conditions d’existence sont misérables. L’oppression de caste est maintenue par le système des panchayat, les conseils de village qui décrètent ce qui est acceptable dans tous les domaines des rapports sociaux. Ces conseils disposent de l’autorité nécessaire pour punir les mariages intercastes tout comme les violations du code vestimentaire imposé aux femmes. La libération des femmes et la destruction du système des castes sont liées de manière inextricable.
La persistance de l’arriération rurale est l’héritage de la domination coloniale britannique qui a exploité, retardé et démembré le pays. Si la transition à partir d’une société pré-capitaliste n’a pas abouti en Inde à la dissolution des rapports patriarcaux et de caste, c’est parce que la domination coloniale les a préservés, manipulés et renforcés. La Compagnie des Indes orientales britannique s’était emparée du territoire des Indes en exploitant les conflits entre potentats locaux et en attisant les antagonismes ethniques, religieux, tribaux et de caste. Le pillage colonial enrichit la classe dirigeante en Grande-Bretagne et provoqua l’effondrement complet de branches entières de l’économie indienne, et notamment de son agriculture irriguée. La paysannerie fut accablée par les impôts qu’elle devait payer aux propriétaires fonciers locaux et à l’Etat colonial. Pour collecter les impôts, les propriétaires fonciers et leurs agents avaient recours à la spoliation, à la violence et la cruauté contre les pauvres des campagnes.
Une fois terminée la conquête de l’Inde, les autorités britanniques créèrent une armée indigène, recrutée majoritairement parmi les hautes castes. Cette situation perdura jusqu’à la révolte des cipayes de 1857, qui fut le détonateur de ce que Marx appela « la première guerre d’indépendance indienne ». La composition de l’armée fut par la suite modifiée. Mais la politique de « diviser pour régner » resta le principe directeur, dont Marx écrivait au moment de la révolte de 1857 qu’elle « fut la grande règle par laquelle la Grande-Bretagne réussit, pour environ cent cinquante ans, à rester maîtresse de son empire indien ».
Depuis l’indépendance de 1947, l’Inde capitaliste est restée dépendante du capital financier international, et elle le restera en dépit des mythes sur sa transformation en superpuissance. De son côté, la bourgeoisie indigène a utilisé le système des castes pour perpétuer la domination hindouiste. Le Parti du Congrès manipule au service du chauvinisme hindou les divisions de caste et le communautarisme depuis l’époque de Mohandas (le « mahatma ») Gandhi et de Jawaharlal Nehru, une période que les libéraux bourgeois présentent aujourd’hui comme une occasion rêvée d’instaurer une « démocratie laïque ». Le Congrès représentait les intérêts des commerçants et des élites des villes et, par-dessus tout, des fermiers riches. Le chauvinisme hindou et hindi a toujours été une composante importante du nationalisme indien du Congrès.
Gandhi, l’idole des libéraux, était profondément imprégné de préjugés de caste et d’arriération anti-femmes. Dans le contexte de l’effroyable bain de sang qui accompagna la partition de l’Inde, Gandhi conseillait aux jeunes femmes menacées de viol de se mordre la langue et de retenir leur respiration jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nous écrivions dans notre article « Les staliniens ont trahi la révolution indienne en faisant alliance avec Churchill » (Workers Vanguard n° 970, 3 décembre 2010) : « Gandhi avait pour tâche d’obtenir des Britanniques le maximum de concessions possibles, dans l’intérêt commun qui était de sauver le capitalisme, tout en écartant la menace que représentait la montée des luttes, de plus en plus combatives, des ouvriers et des paysans. Ce que le magnat du textile Ambalal Sarabhai résumait en disant que Gandhi “était la meilleure garantie que possédait l’Inde contre le communisme ”. »
De peur que les « intouchables » puissent s’unir avec les musulmans et constituer un contrepoids parlementaire, le Congrès fit appel au dirigeant dalit B.R. Ambedkar pour présider la commission de rédaction de la Constitution, qui interdit l’« intouchabilité » mais laissa intact le système des castes. Des sièges furent réservés au parlement pour les « intouchables » et les « populations tribales » (les dalit et les adivasi aujourd’hui). En guise de réforme minimale, un pourcentage d’emplois publics fut réservé plus tard aux dalit et aux membres des castes inférieures. Ambedkar finit par regretter d’avoir participé à la rédaction de la Constitution ; il déclara que dans l’Inde indépendante « la même tyrannie, la même oppression, la même discrimination qui existaient autrefois existent encore, et peut-être en pire ».
L’ignoble chauvinisme hindou du Congrès a provoqué des pogroms contre les sikhs en 1984. Il a aussi pavé la voie à l’arrivée au gouvernement du BJP, qui surfait sur une vague de pogroms anti-musulmans dont le point culminant fut la destruction de la mosquée Babri à Ayodhya en 1992. Les émeutes menées par les chauvins hindous à Ayodhya furent déclenchées en partie par la proposition de la Commission Mandal, nommée par le gouvernement, de réserver des emplois aux membres de certaines castes inférieures.
Contrairement aux illusions libérales, une société laïque « démocratique » n’était historiquement pas à l’ordre du jour pour l’Inde indépendante sous le régime capitaliste. Seule la révolution socialiste prolétarienne, s’étendant au reste du sous-continent indien et aux centres impérialistes, pourra s’atteler à la tâche titanesque d’en finir avec la pénurie. C’est seulement de cette manière qu’on pourra jeter les bases matérielles pour éradiquer l’oppression des femmes et l’oppression de caste, ainsi que pour libérer toutes les masses pauvres. Un formidable développement des forces productives arrachera des millions de femmes et d’hommes à l’arriération rurale pour les intégrer à une société industrialisée. Nous cherchons à construire un parti léniniste-trotskyste en Inde, faisant partie intégrante d’une Quatrième Internationale reforgée ; il sera déterminé à lutter pour une fédération socialiste du sous-continent indien.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/203/inde.html
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Les grandes grèves de 1934 aux Etats-Unis - Une direction lutte de classe a fait la différence - Hier et aujourd’hui (Part 1) (Juin 2015)

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Le Bolchévik nº 212 Juin 2015
Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un article publié en deux parties dans le journal de nos camarades américains Workers Vanguard (n° 1050 et 1051, 8 août et 5 septembre 2014).
L’année 1934 était la cinquième année de la Grande Dépression [la Crise de 1929]. Ce fut aussi l’année de la victoire de trois grandes grèves qui touchèrent des villes entières aux Etats-Unis : la grève des Teamsters (camionneurs) à Minneapolis, celle des ouvriers de l’automobile à Toledo et celle des dockers à San Francisco. Ces grèves victorieuses allaient ouvrir la voie à une poussée massive de luttes ouvrières et à la création de puissants syndicats industriels. Aujourd’hui, six ans ont passé depuis le début de la crise économique la plus importante depuis celle de 1929, mais les syndicats, ou ce qu’il en reste, continuent de prendre des coups dans une guerre de classes unilatérale. Les patrons et leur Etat s’acharnent contre la classe ouvrière et les pauvres, mais les mouvements de grève aux Etats-Unis restent à un niveau historiquement bas.
Comment expliquer la différence entre hier et aujourd’hui ? Le fait que les grèves de 1934 étaient dirigées par des « rouges » est d’une importance cruciale. A Minneapolis, les trotskystes de la Communist League of America (CLA) prirent la tête de trois grèves ouvrières dans le transport routier de cette ville, ce qui allait contribuer à transformer ce bastion de l’« open shop » [par opposition au système du « closed shop », le monopole syndical sur l’embauche] dans le Middle West américain en une ville où les travailleurs étaient syndiqués. A l’issue de ce processus, une petite section du syndicat de métier des camionneurs devint un syndicat industriel de plusieurs milliers de membres. A Toledo, les socialistes de gauche de l’American Workers Party [Parti des travailleurs américains, AWP] d’A.J. Muste jouèrent un rôle clé dans la grève contre la société Electric Auto-Lite. Cette victoire jeta les bases pour la création ultérieure de l’United Auto Workers (Syndicat unifié des travailleurs de l’automobile). A San Francisco, les membres et sympathisants du Parti communiste (PC) stalinien dirigèrent une grève des dockers, des marins et d’autres travailleurs du secteur maritime et portuaire, grève qui dura 83 jours et qui atteignit son apogée avec une grève générale de quatre jours. Dans cette lutte fut forgé un syndicat industriel regroupant les dockers de toute la côte Ouest des Etats-Unis.
Aujourd’hui, les bureaucrates syndicaux qui dirigent les fédérations syndicales AFL-CIO et Change to Win [Changer pour gagner] prétendent que des batailles ouvrières de ce genre ne sont plus possibles : la situation économique est trop mauvaise, les entreprises trop puissantes et l’arsenal des lois antigrèves trop bien garni ; lutter aboutirait à la destruction pure et simple des syndicats et à la délocalisation des emplois. Pourtant, les grèves de 1934 eurent lieu au beau milieu de la crise économique la plus dévastatrice de l’histoire. Après le krach boursier de 1929, les ouvriers étaient tétanisés à l’idée de perdre leur salaire, aussi maigre qu’il fût, et de rejoindre les rangs des millions de travailleurs au chômage, affamés et à la rue. En 1933, l’American Federation of Labor (AFL) comptait deux fois moins d’adhérents qu’en 1920.
Les syndicats affiliés à l’AFL étaient des syndicats de métier, ce qui renforçait les divisions sur le lieu de travail et rendait les syndicats plus vulnérables aux attaques des forces du capital. Souvent ces syndicats représentaient les travailleurs les mieux payés et les plus qualifiés, tenant à distance les travailleurs noirs et la plupart des immigrés. L’écrasante majorité des ouvriers qui travaillaient dans des entreprises géantes comme celles de l’automobile, de l’acier ou du caoutchouc n’étaient pas syndiqués, et l’aristocratie ouvrière qui dirigeait l’AFL les méprisait. Ces dignitaires ouvriers étaient à ce point dévoués à la préservation du capitalisme américain et de ses profits qu’ils s’étaient engagés au début de la Grande Dépression à ne permettre aucune grève – à la demande du gouvernement républicain honni de Herbert Hoover, avec qui ils étaient d’accord pour refuser toute aide de l’Etat aux chômeurs.
Mais les conditions mêmes qui avaient autant laminé et démoralisé les ouvriers, qui les avaient dressés les uns contre les autres dans une lutte pour la survie, allaient commencer à les pousser à se battre. En 1933, il y eut une légère reprise de l’économie. L’élection en 1932 du Président démocrate Franklin Delano Roosevelt et sa promesse d’un « new deal [nouvelle donne] pour le peuple américain » avaient aussi donné de l’espoir – un faux espoir – à la classe ouvrière. Une vague de grèves éclata l’année suivante, et les ouvriers se tournèrent massivement vers les syndicats de l’AFL, ceux-là même qui les avaient traités avec dédain, pour exiger qu’on les organise.
James P. Cannon, un des dirigeants de la CLA, écrivait à cette époque :
« Les ouvriers bougent. C’est ce qui est nouveau, c’est ce qui est important dans la situation actuelle. Les syndicats sont la première et la plus élémentaire forme d’organisation, à laquelle aucun substitut n’a jamais été inventé. Les ouvriers ont fait leurs premiers pas vers la consolidation de leur classe en entrant par cette porte […]. Aussi conservateurs que puissent être ces syndicats, aussi réactionnaire que soit leur direction actuelle, et indépendamment des réelles intentions du gouvernement Roosevelt quand il a encouragé et donné de l’élan à cette renaissance du mouvement syndical – malgré tout cela, le mouvement en lui-même représente une force élémentaire, une puissance qui peut, si elle est influencée correctement et au bon moment par l’avant-garde consciente, dépasser les formes absolues et frustrer tous les efforts réactionnaires. »
– « L’AFL, la vague de grèves et les perspectives syndicales », Militant, 14 octobre 1933
Dans les grandes grèves de 1934, la combativité croissante de la classe ouvrière allait fusionner avec une direction à la hauteur de la bataille. Chacune de ces grèves fut quasiment une guerre civile qui opposait les ouvriers à l’armée des briseurs de grève – nervis patronaux, flics et soldats de la Garde nationale. À chaque fois, des officines de l’Etat capitaliste soi-disant « amies des travailleurs » demandaient aux ouvriers de mettre fin à leur grève contre la promesse que des médiateurs du gouvernement négocieraient des « accords équitables ». Au sein même du « camp syndical », les dirigeants de la grève devaient affronter les bureaucrates de l’AFL à la botte du gouvernement, ces mêmes bureaucrates qui avaient attisé toutes les rivalités corporatistes, ethniques et raciales qui divisaient les travailleurs et minaient leurs luttes. Ce qui fit la différence, c’est que les ouvriers étaient armés politiquement et organisationnellement par des dirigeants qui comprenaient que la seule voie possible vers la victoire était celle de la mobilisation de leur force, en tant que classe, contre la classe capitaliste ennemie.
Roosevelt n’était pas « l’ami des travailleurs »
La bureaucratie de l’AFL-CIO colporte depuis longtemps le mythe que c’est l’Article 7(a) de la « Loi pour la reprise industrielle » [National Recovery Act, NRA] promulguée par le gouvernement démocrate de Roosevelt en 1933 qui a mené à la création de syndicats industriels, c’est-à-dire de syndicats inclusifs ayant vocation à représenter l’ensemble des travailleurs d’une même industrie. C’est un mensonge pratique, un alibi que les dirigeants syndicaux traîtres utilisent depuis des décennies alors qu’ils sacrifient des grèves et les syndicats eux-mêmes sur l’autel de la collaboration de classes – du lobbying législatif au prosélytisme en faveur du vote démocrate. En fait, toute la raison d’être de la NRA, comme son nom l’indique, était la « reprise » de la compétitivité du capitalisme américain. Cette loi suspendait la législation antitrust et créait des associations industrielles [cartels] dans le cadre desquelles les employeurs fixaient les quotas de production, les conditions de travail, le salaire minimum et la durée maximale du travail. Avec comme résultat la consolidation de monopoles capitalistes toujours plus puissants, qui purent extorquer des profits toujours plus élevés grâce à une exploitation de plus en plus brutale des travailleurs.
L’Article 7(a), qui stipulait que « tous les employés ont le droit de s’organiser et de négocier collectivement », fut ajouté principalement à l’instigation de John L. Lewis, le dirigeant dictatorial et parfois franc-tireur de l’United Mine Workers [Syndicat unifié des mineurs, UMW]. Le président de l’AFL, William Green, donna son soutien à l’Article 7(a), mais il continuait de craindre qu’un mouvement de syndicalisation vienne mettre à mal le « sanctuaire » du syndicalisme de métier réservé aux Blancs. (A propos de l’intelligence de Green, Lewis avait un jour lancé : « Green n’a pas de tête. Il a juste un cou allongé sur lequel des cheveux ont poussé. »)
Même si l’Article 7(a) était principalement un os à ronger jeté à la classe ouvrière, il reflétait aussi l’inquiétude croissante des capitalistes américains, ou en tout cas des plus perspicaces d’entre eux, face à l’agitation grandissante des ouvriers. Roosevelt était sans aucun doute le plus clairvoyant de tous. En outre, en tant que patricien appartenant à l’élite des propriétaires fonciers américains, il avait moins de scrupules à refréner certains excès des magnats capitalistes américains de l’industrie et de la finance – pour sauvegarder le système et désamorcer les luttes sociales.
Des grèves avaient déjà commencé à éclater au début de 1933. Les millions d’ouvriers non syndiqués qui travaillaient dans les usines d’assemblage et les hauts-fourneaux commençaient à prendre conscience de leur nombre et de leur position stratégique en tant qu’élément vital de l’industrie américaine. L’Article 7(a) fut adopté dans la crainte que les syndicats de métier de l’AFL n’arrivent pas à contenir l’antagonisme croissant entre le travail et le capital, et dans un souci de maintenir ces ouvriers sous la coupe des lieutenants ouvriers à la solde du gouvernement dans la bureaucratie de l’AFL.
Cette apparente concession faite au mouvement syndical était conçue pour faire croire aux travailleurs que le gouvernement « protègerait » leurs intérêts. Des inspections du travail régionales (labor boards) furent créées pour faciliter l’arbitrage du gouvernement avant tout conflit potentiel. L’objectif était d’empêcher les grèves en empêtrant les travailleurs dans d’interminables procédures. Les ouvriers, qui depuis l’adoption de la NRA commençaient à rejoindre en grand nombre les syndicats existants de l’AFL, se rendirent rapidement compte que c’était une chose de se syndiquer, mais que c’en était une autre d’arracher la reconnaissance du syndicat par les patrons ou même d’obtenir une augmentation des salaires misérables fixés dans chaque industrie par la NRA.
Tout au long de la vague de grèves de 1933, la plus importante depuis le début des années 1920, les ouvriers luttèrent avec héroïsme. Mais leurs grèves furent soit trahies par les dirigeants de l’AFL qui se pliaient aux ordres des médiateurs envoyés par Roosevelt, soit brisées par les nervis armés des patrons et du gouvernement. Un rapport de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) publié au début de 1934 résumait ainsi les résultats du « New Deal » de Roosevelt pour le mouvement syndical : « Jamais les violations des droits des travailleurs n’avaient pris une telle ampleur, et par tous les moyens : ordonnances judiciaires, armée, police privée, shérifs-adjoints, mouchards, milices » (New York Times, 11 février 1934, cité par Art Preis dans Labor’s Giant Step [Un pas de géant pour les ouvriers], 1964).
Le ressentiment des ouvriers envers les dirigeants syndicaux traîtres grandissait en même temps que leurs illusions dans Roosevelt commençaient à se dissiper. La brutalité des attaques de la police et de l’armée laissa sa marque sur la conscience de la classe ouvrière, tout comme le courage avec lequel les grévistes résistèrent à ces offensives. Plus tard, ces facteurs allaient être des conditions préalables cruciales au réveil de la lutte de classe. Et les socialistes déclarés qui conduisirent à la victoire les camionneurs de Minneapolis, les dockers de San Francisco et les ouvriers de l’automobile de Toledo en 1934 allumèrent la mèche.
Trotskystes, staliniens et partisans de Muste
Parmi les dirigeants des camionneurs grévistes de Minneapolis figuraient Carl Skoglund et Vincent Ray Dunne, deux militants ouvriers de longue date. Dunne, dans sa jeunesse, avait été bûcheron, saisonnier agricole et travailleur itinérant sur la côte Pacifique du Nord-Ouest et dans d’autres régions, et dès cette époque il avait lutté aux côtés des pionniers du syndicalisme industriel au sein des Industrial Workers of the World [Travailleurs industriels du monde, IWW]. Skoglund avait dirigé dans ses jeunes années une grève pour la reconnaissance du syndicat dans une usine de papeterie, dans sa Suède natale où il avait adhéré au Parti social-démocrate. Mis sur liste noire pour activisme radical à cause de ses activités syndicales et politiques, Skoglund émigra aux Etats-Unis et dirigea l’aile gauche de la section scandinave du Parti socialiste américain. Comme beaucoup d’autres militants d’extrême gauche aux Etats-Unis, il fut enthousiasmé par la Révolution russe de 1917, la première insurrection prolétarienne victorieuse qui réussit à briser les chaînes de l’exploitation capitaliste. En 1919, il devint un des membres fondateurs du Parti communiste, auquel Dunne adhéra l’année suivante.
En Union soviétique, une bureaucratie de plus en plus puissante dirigée par Staline usurpa le pouvoir politique de la classe ouvrière, et à la fin des années 1920 elle avait répudié le programme révolutionnaire internationaliste du bolchévisme. Ceci eut un effet dévastateur sur le PC américain et les autres sections de l’Internationale communiste (Comintern), le centre organisateur de la révolution mondiale créé par Lénine et Trotsky. C’est dans ce contexte que Skoglund, Dunne et deux de ses frères, Miles et Grant, furent gagnés à la CLA, la jeune organisation du trotskysme américain. Opposés à la dégénérescence de la Révolution russe et du PC américain, les trotskystes restèrent fidèles au programme et aux principes du marxisme.
La classe ouvrière restait paralysée par la peur face aux ravages de la Grande Dépression. Les trotskystes, qui avaient été exclus du PC, étaient numériquement faibles et isolés. Dans ce contexte, ils considéraient que leur tâche principale était de regrouper leurs forces, de se réarmer politiquement, de recruter les éléments les plus conscients dans la classe ouvrière et ailleurs, et de se préparer pour les luttes de classe futures qu’ils savaient inévitables. Comme l’expliquait Cannon dans un article de 1932 :
« Les ouvriers communistes ne sont pas la classe ouvrière. Ils en sont seulement la couche la plus consciente, et aujourd’hui en Amérique cette couche est mince, numériquement insignifiante. Les ouvriers communistes ne peuvent pas à eux seuls livrer de vraies batailles de classe. Leur rôle est de lutter avec les ouvriers et au premier rang de ceux-ci. Pour l’instant, la tâche des communistes est de préparer les ouvriers pour les luttes à venir. Cette tâche consiste fondamentalement à “un patient travail d’explication”, d’agitation et de propagande, pour gagner les ouvriers à une perspective de lutte. »
– « La menace de l’illégalité », Militant, 19 mars 1932
A Minneapolis, Skoglund et les frères Dunne s’attelèrent au « patient travail d’explication » auprès de leurs collègues dans l’entreprise de charbon où ils étaient camionneurs pendant les premières années de la Grande Dépression. Au bout de trois ans, ils avaient gagné un noyau de travailleurs à l’idée de se battre pour mettre en place un syndicat industriel. Miles Dunne réussit aussi à convaincre le président de la toute petite section syndicale 574 des Teamsters, Bill Brown, de participer au comité d’organisation bénévole que les trotskystes étaient en train de mettre sur pied. Brown n’était pas un dirigeant typique de l’AFL : il avait un bon instinct de classe, et il en avait assez du syndicalisme de métier antigrèves imposé par la direction nationale du syndicat des camionneurs. Les militants ainsi rassemblés allaient devenir le groupe qui dirigea les grèves des camionneurs de 1934 à Minneapolis, avec à leur tête des militants et sympathisants de la Communist League of America.
Dans les années 1930, le Parti communiste était un parti totalement différent. Il avait été créé sous l’effet de la Révolution russe par les meilleurs militants d’une génération de socialistes et autres militants ouvriers radicaux américains, mais à la fin des années 1920 il avait perdu sa boussole marxiste. Il succombait à la pression d’une part de la prospérité d’un capitalisme américain alors en plein essor, ce qui sapait sa confiance révolutionnaire antérieure, et d’autre part de l’influence corruptrice des staliniens du Kremlin. Ce régime bureaucratique était lui-même le produit combiné des effets sur la société soviétique des occasions révolutionnaires manquées dans les pays plus avancés d’Europe de l’Ouest, particulièrement en Allemagne, et des années de guerre et de privations.
Les staliniens du Kremlin n’avaient pas éradiqué les acquis de la révolution d’Octobre. L’Union soviétique restait un Etat ouvrier, de la même façon que les syndicats demeurent des organisations de la classe ouvrière malgré leur direction bureaucratique. En même temps, tout comme les bureaucrates syndicaux traîtres mettent en danger l’existence même des syndicats par leur collaboration avec les patrons, le pouvoir de la bureaucratie soviétique représentait une menace pour le premier Etat ouvrier de l’histoire et il allait paver la voie à sa destruction finale.
Renonçant à la lutte pour la révolution prolétarienne dans les autres pays, la bureaucratie soviétique mit en avant l’idée antimarxiste qu’il était possible de construire le « socialisme dans un seul pays ». Les partis communistes dans le reste du monde furent transformés en simples avant-postes de la politique du Kremlin, à la recherche d’une « coexistence » avec l’impérialisme mondial. Ce processus s’accompagna de multiples oscillations, tantôt vers la droite et tantôt vers la gauche, de la ligne politique de Staline et de ses partisans.
A la fin des années 1920, Staline adopta une ligne aventuriste gauchiste face à l’hostilité implacable du monde capitaliste, et aussi pour couper l’herbe sous le pied à l’Opposition de gauche trotskyste, qui luttait contre les trahisons de la bureaucratie. Pour justifier ce tournant politique, le Comintern prétendit que le capitalisme entrait dans la « troisième période » de son existence, où la victoire de la révolution prolétarienne internationale était censée être imminente dans le monde entier – un pronostic contraire à la réalité sociale et politique. Les partis ouvriers sociaux-démocrates et les syndicats furent dénoncés comme « sociaux-fascistes ». Aux Etats-Unis, le PC déserta les syndicats de l’AFL pour former des « syndicats révolutionnaires » largement isolés des masses. Ceci eut pour résultat que les communistes se retrouvèrent dans leur écrasante majorité sur la touche pendant les luttes de 1933-1934.
Mais sur la côte Ouest, l’organisateur local du PC, Sam Darcy, commençait à rejeter les idioties gauchistes de la troisième période. Après l’adoption de la NRA en 1933, les dockers affluèrent à l’International Longshoremen’s Association (ILA), affiliée à l’AFL ; il y avait parmi eux les sympathisants du PC et autres dockers combatifs que Sam Darcy avait commencé à coordonner. Connu sous le nom de groupe Albion Hall (du nom de leur lieu de réunion), ce cercle de travailleurs des transports maritimes allait devenir le noyau dirigeant de la grève des dockers en 1934. Parmi eux figurait le plus célèbre des dirigeants de la grève, Harry Bridges.
Le rejet de la troisième période par Darcy était un signe annonciateur du soutien que le PC allait bientôt apporter à l’administration Roosevelt. Mais à cette époque les staliniens parlaient encore la langue de la lutte de classe. Dans leur bulletin ronéoté intitulé Waterfront Worker [Le docker, WFW], publié depuis 1932, ils combattaient sans relâche les illusions dans Roosevelt et ses médiateurs créés par la NRA. Ils attaquaient aussi le syndicalisme de métier et la politique de collaboration de classes des dirigeants des syndicats de l’AFL. Ceux-ci, en négociant individuellement avec les employeurs pour briser les grèves des autres, avaient dressé les uns contre les autres les dockers et travailleurs du transport maritime, contribuant ainsi aux défaites répétées des grèves. Les sympathisants du PC, grâce au WFW et au fait qu’ils dirigeaient des actions ouvrières, armèrent politiquement les dockers et les préparèrent pour la bataille contre les armateurs, le gouvernement et leurs agents dans le mouvement syndical.
L’organisation d’A.J. Muste était une créature politique différente à la fois des trotskystes et des staliniens. Muste, un pasteur pacifiste, s’était prononcé pour la lutte de classe en 1919, alors qu’il figurait parmi les dirigeants de la grève des ouvriers du textile, majoritairement immigrés, à Lawrence dans le Massachusetts. En 1929, il fut l’un des fondateurs de la Conference for Progressive Labor Action [Conférence pour des actions ouvrières progressistes, CPLA] alors qu’il était directeur du Brookwood Labor College (université des travailleurs de Brookwood) à Katonah, dans l’Etat de New York. La CPLA avait pour but de faire pression sur l’AFL pour que celle-ci entreprenne des actions ouvrières « progressistes ». La Grande Dépression poussa la CPLA vers la gauche, ce qui reflétait la combativité croissante des ouvriers. La CPLA devint l’embryon de l’AWP, qui fut fondé en 1933.
Au début des années 1930, la CPLA se consacrait surtout à organiser les chômeurs. Dans le comté de Lucas, à Toledo, la Ligue des chômeurs de la CPLA mena des actions de masse combatives au terme desquelles les travailleurs sans emploi obtinrent une allocation financière. La CPLA luttait pour unifier les chômeurs derrière les luttes de la classe ouvrière plutôt que de les abandonner aux mains des patrons qui les utilisaient pour casser les grèves. Ceci allait faire basculer le rapport des forces dans le combat contre les jaunes, les flics et la Garde nationale, mobilisés pour écraser la grève d’Auto-Lite à Toledo en 1934.
Des trois directions des grandes grèves de 1934, les trotskystes étaient les seuls véritables marxistes. Ils accomplissaient la tâche vitale de forger un parti révolutionnaire regroupant les ouvriers les plus avancés et les plus conscients. Ils savaient que seul un parti de ce genre peut armer le prolétariat de la conscience politique nécessaire pour en finir avec le système capitaliste d’exploitation et d’oppression, et qu’il peut l’organiser à cette fin. A ce titre, les dirigeants de la grève des camionneurs à Minneapolis étaient les plus conscients et ceux qui voyaient le plus loin.
Cependant, à ce moment-là, les staliniens qui dirigèrent la grève des dockers ainsi que les partisans de Muste à Toledo défendaient un programme de lutte des classes, même si c’était de façon épisodique ou transitoire. Contrairement à ce qui se passait à la même époque pour d’autres grèves, la combativité des ouvriers n’était pas freinée par des dirigeants qui prêchaient l’idée mensongère qu’un « partenariat » entre travail et capital était possible. Au contraire, la force et la solidarité de masse des travailleurs étaient organisées et dirigées politiquement par des dirigeants qui rejetaient l’idée que les patrons seraient « raisonnables » ou leur Etat « neutre ». Conscients de l’ampleur des forces que déploierait l’ennemi de classe contre toute lutte syndicale, les dirigeants de ces grèves étaient prêts pour la guerre de classes. Et ce n’était pas un combat facile.
La « bataille de Toledo »
Toledo était une petite ville ravagée par le chômage, où les salaires étaient bas et où dominaient les usines d’équipementiers pour la gigantesque industrie automobile de Detroit. Après l’adoption de la NRA, les dirigeants de l’AFL avaient créé à contrecœur des syndicats « fédéraux » regroupant des ouvriers travaillant à la chaîne et relevant de différents métiers. La section fédérale 18384 de Toledo déclencha en février 1934 une grève pour des augmentations de salaires chez plusieurs équipementiers, dont Auto-Lite. Les bureaucrates de l’AFL acceptèrent de soumettre le conflit à l’arbitrage de l’inspection du travail locale créée par la NRA, et ils arrêtèrent la grève au bout de six jours. Environ 500 ouvriers d’Auto-Lite se mirent à nouveau en grève en avril, fatigués d’attendre que l’entreprise négocie.
Alors que 1 800 jaunes investissaient l’usine, une ordonnance judiciaire limita l’emploi des piquets de grève. Les grévistes firent alors appel à la Ligue des chômeurs du comté de Lucas organisée par la CPLA. Deux jeunes dirigeants de la Ligue envoyèrent une lettre au juge l’informant qu’ils continueraient malgré l’ordonnance à renforcer les piquets à Auto-Lite. Après avoir été arrêtés et jugés et ayant reçu l’interdiction de rejoindre les piquets, les membres de la Ligue et les grévistes qui étaient venus en force à l’audience sortirent du tribunal et allèrent directement sur les piquets de grève. A la fin du mois de mai, plus de 10 000 personnes étaient sur les piquets de grève.
Le 23 mai, une armée d’hommes de main de la compagnie et de flics mobilisés pour escorter les jaunes à l’entrée et à la sortie de l’usine aspergèrent les grévistes de gaz lacrymogène. Ceux-ci, armés seulement de briques et de pierres, construisirent des barricades. Sans céder de terrain, ils assiégèrent l’usine avec les jaunes à l’intérieur. La police se replia, et on envoya 900 soldats de la Garde nationale pour ouvrir un passage et faire sortir les jaunes. Les soldats, qui tiraient à bout portant en direction des piquets, tuèrent deux ouvriers et en blessèrent 25. C’était le début de la « bataille de Toledo », qui allait durer six jours : les combats contre les troupes se livraient sur les toits et dans les rues. Le 31 mai, la compagnie accepta de renvoyer les jaunes et d’arrêter la production jusqu’à ce qu’un accord de fin de grève soit signé. On retira aussi les soldats démoralisés de la Garde nationale, qui avait elle aussi subi des pertes importantes.
A ce moment-là, tous les syndicats locaux affiliés à l’AFL, sauf un, avaient voté pour une grève générale, malgré les efforts des dirigeants pour convaincre leur base de demander à Roosevelt d’intervenir en leur faveur. Le 1er juin, 40 000 ouvriers et partisans de la grève se rassemblèrent devant le tribunal du comté. Trois jours plus tard, les patrons d’Auto-Lite capitulaient. Ils signèrent un accord pour six mois qui incluait des augmentations de salaires supérieures au minimum de la NRA. Surtout, l’accord reconnaissait le syndicat comme unique interlocuteur autorisé à négocier dans l’usine, contrairement à une décision précédente de l’Inspection du travail pour l’automobile de Roosevelt qui imposait une représentation proportionnelle des syndicats de chaque entreprise selon les résultats des élections professionnelles. A la fin de l’année, les syndicats étaient implantés dans 19 usines automobiles supplémentaires dans le comté de Lucas.
Parmi les participants à la bataille de Toledo, il y avait Art Preis qui appartenait à la Ligue des chômeurs et qui allait devenir et rester jusqu’à la fin de sa vie membre du Socialist Workers Party (SWP), le successeur de la CLA. Dans son livre Labor’s Giant Step (1964), il livre le témoignage suivant :
« Ce fut à ce moment-là, quand les grèves se faisaient écraser les unes après les autres, que la lutte des ouvriers d’Electric Auto-Lite à Toledo vint illuminer l’horizon de la lutte de classe américaine. Elle allait être pour les ouvriers américains une leçon inoubliable sur comment affronter toutes les officines du gouvernement capitaliste – les tribunaux, les inspections du travail et les forces armées – et gagner. »
L’une des leçons essentielles de cette grève est le rôle que peuvent jouer les chômeurs dans les luttes ouvrières, s’ils sont organisés et dirigés par des militants lutte de classe.
La grève des camionneurs à Minneapolis
Beaucoup de livres ont été écrits sur les événements et la direction des trois grèves de 1934, qui ont débouché sur la création d’un syndicat industriel dans l’industrie du transport routier de Minneapolis. On peut citer Teamster Rebellion (1972), de Farrell Dobbs, un jeune dirigeant des trois grèves, qui fut gagné au trotskysme alors qu’il participait à la toute première de ces batailles ; American City : A Rank and File History of Minneapolis [Ville américaine : Une histoire de Minneapolis vue de la base] (1937) de Charles Walker ; et plus récemment Revolutionary Teamsters [Camionneurs révolutionnaires] (2014) de Bryan Palmer.
Le dirigeant trotskyste américain James P. Cannon fit quelques années après les grèves un discours intitulé « Les grandes grèves de Minneapolis », où il en résumait les leçons fondamentales :
« Il n’y avait aucune différence de fond – en fait, je pense qu’il n’y avait pas la moindre différence sérieuse entre les grévistes de Minneapolis et les travailleurs impliqués dans une centaine d’autres grèves dans le pays à cette époque. Les travailleurs se battaient avec la plus grande combativité dans pratiquement toutes les grèves. La différence se trouvait dans la direction et dans la politique suivie. Dans pratiquement toutes les autres grèves, la combativité des ouvriers était freinée par le haut. Les dirigeants se laissaient impressionner par le gouvernement, la presse, le clergé et ceci ou cela. Ils tentaient de ramener aux salles de réunion un conflit qui se déroulait dans la rue et sur les piquets de grèves. A Minneapolis, la combativité de la base n’a pas été freinée ; elle a été organisée et dirigée d’en haut. […] « Le mouvement ouvrier moderne doit être dirigé politiquement car il est confronté au gouvernement à chaque étape. Nos militants y étaient préparés parce qu’ils étaient politiques, inspirés par des conceptions politiques. La politique de la lutte de classe guidait nos camarades. On ne pouvait pas les tromper ou les avoir comme ce fut le cas de tant de dirigeants grévistes à cette époque grâce à ce mécanisme de sabotage et de destruction qu’est l’Inspection du travail avec toutes ses instances auxiliaires. Ils n’avaient pas la moindre confiance dans l’Inspection du travail de Roosevelt. Ils ne se sont pas laissé duper par l’idée que Roosevelt, ce président libéral et “ami des travailleurs”, allait aider les camionneurs de Minneapolis à gagner quelques cents de plus de l’heure. Ils ne se sont pas non plus laissé tromper même par le fait qu’il y avait à l’époque dans le Minnesota un gouverneur du Parti fermier-ouvrier, dont les gens présumaient qu’il était du côté des travailleurs. « Nos militants ne croyaient en personne ni en rien d’autre que la politique de la lutte des classes et en la capacité des travailleurs de l’emporter grâce à leur force et leur solidarité de masse. »
– The History of American Trotskyism, 1944
Les trois grèves qui touchèrent l’industrie du transport routier de la ville furent toutes organisées minutieusement : les dirigeants comprenaient que chaque succès même le plus modeste, comme la reconnaissance du syndicat, pouvait faire basculer le rapport des forces entre les deux parties en lutte. Le premier bras de fer fut une grève de trois jours des livreurs de charbon en février. Cette grève avait été stratégiquement planifiée pour frapper la compagnie pendant l’hiver, quand les températures descendent à moins vingt et quand les commandes et les profits sont au plus haut. Une bonne coordination des piquets permit d’interrompre complètement les livraisons pendant les trois premières heures de la grève. De jeunes ouvriers fraîchement syndiqués, sentant leur puissance en tant que classe, apportèrent une contribution innovante avec l’invention du piquet mobile – l’utilisation de voitures ou de camions pour barrer la route aux camions des jaunes. Ces « piquets volants » allaient être une arme essentielle dans les luttes de la classe ouvrière pour forger le Congress of Industrial Organizations [Congrès des syndicats industriels, CIO].
(cont. )
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Le petit chaperon rouge, version gore laïcarde : Baby Loup dévoré par la nounou en foulard - A bas les lois racistes contre le voile !

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Le Bolchévik nº 204 Juin 2013
3 mai – Quand la Cour de cassation a cassé au mois de mars un jugement autorisant le licenciement par la crèche Baby Loup d’une employée portant un foulard, François Hollande s’est jeté dessus pour annoncer qu’il voulait une nouvelle loi étendant au secteur privé les restrictions au port du foulard en vigueur aujourd’hui dans les écoles publiques. Il a déclaré que « dès lors qu’il y a contact avec les enfants, dans ce qu’on appelle le service public de la petite enfance, […] il doit y avoir une certaine similitude par rapport à ce qui existe dans l’école » (publique).
Donc alors même que ce gouvernement et ses mairies ferment les maternités, sabrent dans les allocations familiales, interdisent les cantines scolaires aux enfants de chômeurs, etc., etc., Hollande et son ministre de l’Education Vincent Peillon nous rassurent : les bébés et les petits pourront dormir tranquilles car on les protégera des nounous portant un foulard. Hollande et Cie espèrent que leur nouvelle croisade, qu’ils mènent au nom des principes sacro-saints de la « laïcité » et des « valeurs républicaines », leur apportera une petite bouffée d’air frais en détournant l’attention du chômage qui monte et de leurs programmes d’austérité ajoutée à l’austérité déjà en vigueur.
On trouve aujourd’hui parmi les partisans de Hollande sur l’affaire Baby Loup les mêmes personnages qui hier vociféraient les provocations antimusulmanes de Sarkozy : Alain Finkielkraut, Philippe Val, Jeannette Bougrab, Elisabeth Badinter, etc. Mais derrière ces gens-là il y a le Parti de gauche et Lutte ouvrière (LO) pour donner une couverture grotesque à cette nouvelle attaque raciste de l’Etat français ; ils se sont joints à la meute au nom de la lutte contre l’oppression des femmes. Ainsi Lutte ouvrière titrait de la manière suivante son article à propos de la décision judiciaire concernant Baby Loup : « La Cour de cassation et la crèche Baby Loup : une attaque contre les droits des femmes » (Lutte Ouvrière, 29 mars).
Il est évident qu’une nouvelle loi interdisant le foulard dans le secteur privé ne fera que renforcer l’isolement au foyer des femmes qui le portent et leur misère économique ; c’est leur famille qui en souffrira. Cette campagne se prête au mensonge raciste que, soi-disant, le vrai problème dans la société n’est pas le système capitaliste raciste mais les femmes portant le foulard, les musulmans et les minorités en général. Les ayatollahs de la laïcité ont l’intention d’élargir leur offensive. Au nom de la « neutralité religieuse », ils cherchent maintenant à interdire le foulard aux nounous travaillant dans leur propre appartement. Une loi de ce genre avait déjà été adoptée il y a un an par le Sénat ; elle avait ensuite été sortie de l’agenda législatif ; elle refait maintenant surface sous la houlette de Roger-Gérard Schwarzenberg, président d’honneur des Radicaux de gauche et membre de la majorité gouvernementale.
Ces assistantes maternelles, qui sont souvent musulmanes, fournissent un service qui permet à des milliers et des milliers d’autres femmes de pouvoir aller travailler étant donné la pénurie de crèches en France. Mais ces grands défenseurs de la laïcité et des droits des femmes ne sont pas seulement prêts à voir fermer la crèche Baby Loup (une crèche qui, chose rare, offre des prestations 24 heures sur 24 sept jours par semaine dans l’une des banlieues les plus déshéritées de Paris) plutôt que d’employer une femme portant le foulard ; ils sont prêts à condamner aussi d’innombrables autres femmes au chômage si leur loi sur les assistantes maternelles est adoptée. Nous disons non aux exclusions racistes et aux lois contre le voile ! A bas l’offensive anti-islamique du gouvernement !
La campagne laïque républicaine – une couverture pour les préjugés antimusulmans
La « laïcité », qui est une couverture pour les préjugés antimusulmans, n’a rien à voir avec le principe de la laïcité tel qu’il avait été établi lors de la Révolution française de 1789, comme nous l’expliquions dans notre article « Les femmes et l’immigration en France » (Spartacist édition française n° 35, printemps 2003) :
« L’Etat français a dénaturé les objectifs et les valeurs de la Révolution française en s’attaquant à ces jeunes filles musulmanes. Sous l’Ancien Régime du roi, on appelait la France “la fille aînée de l’Eglise”. Le principe de la laïcité de la Révolution française vient de la lutte pour protéger la liberté d’expression et pour arracher la société des mains de l’Eglise catholique. Que ce principe soit utilisé maintenant par une majorité catholique pour opprimer une minorité musulmane dans la société française est une ironie cruelle de l’histoire. Cela souligne à quel point la bourgeoisie française a dégénéré à l’époque de la décadence impérialiste – alors que cette classe avait dirigé la Révolution française, événement historique de la lutte pour l’émancipation de l’humanité. »
La Ligue trotskyste s’oppose depuis toujours au foulard et au voile, qui représentent un programme social réactionnaire pour confiner les femmes dans leur famille, dans leur foyer et dans une position de servitude. Nous nous opposons de même aux reliques d’autres religions qui toutes font la promotion de l’institution de la famille, le fondement de l’oppression des femmes. En France la loi de 1905 a institué une certaine séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais le catholicisme conserve un poids social considérable et la bourgeoisie s’en sert comme d’un pilier du conservatisme social, et pour consacrer la domination de la classe capitaliste. On l’a vu de nombreuses fois ces six derniers mois où des curés et leurs ouailles bien habillées sont descendus dans la rue pour cracher leur venin réactionnaire : ils ont prié et défilé contre des droits démocratiques nouveaux pour les homosexuels et pour maintenir leur modèle d’un homme sur une femme pour la vie.
Mais l’islam en France ne sera jamais que la religion du ghetto, des opprimés, de ceux qui souvent ont perdu l’espoir de combattre la ségrégation raciste et la pauvreté dont ils sont victimes du fait de l’oppression capitaliste française, et qui se réfugient dans la religion mais aussi qui défient l’Etat français qui les exclut. C’est ce que Marx appelait « l’âme d’un monde sans cœur ». Les mosquées débordent à Chanteloup-les-Vignes, où se situe la crèche Baby Loup, et dans de nombreuses banlieues du pays où le taux de chômage est au moins le double de la moyenne nationale et même davantage pour les jeunes.
Il n’est pas surprenant que ce soit après un congé parental de cinq ans que Fatima Afif, la travailleuse au centre de l’affaire Baby Loup, voulait vraiment porter le foulard en revenant à la crèche en décembre 2008. Avant son congé parental, pris en mai 2003, elle n’avait eu aucun problème en portant le foulard au travail mais à l’été 2003, pendant son absence, de nouvelles règles furent édictées sur son lieu de travail pour imposer une obligation de « neutralité philosophique, politique et confessionnelle ». Pendant les cinq années de son congé parental les exclusions racistes ont servi à pousser des femmes comme Afif encore davantage vers l’obscurantisme religieux.
Pour un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique !
C’est au début des années 1990 que la question de la laïcité a commencé à être utilisée à grande échelle comme couverture aux préjugés antimusulmans, et cela a culminé avec la loi Chirac contre le foulard à l’école en 2004. Le contexte de cette montée de la réaction, c’est la contre-révolution capitaliste en Union soviétique et en Europe de l’Est entre 1990 et 1992, qui a été une immense défaite pour la classe ouvrière et les opprimés du monde entier, et que pratiquement toute la « gauche » avait saluée. La classe capitaliste vole les richesses produites par les travailleurs et elle a besoin d’un bouc émissaire pour dévoyer les luttes de classe qui continuent d’éclater.
Le PCF, la LCR (qui a finalement ôté le « communiste » de son nom pour devenir le Nouveau Parti anticapitaliste) ont cru au mensonge de la bourgeoisie sur la soi-disant « mort du communisme » et la fin du « grand soir », mais la bourgeoisie, elle, savait qu’elle devait continuer à inventer des histoires pour diviser et affaiblir la classe ouvrière – d’où le « péril vert ». Dès 1991 Mitterrand avait déployé Vigipirate pour la première fois, au début de la première guerre du Golfe ; cela rappelait l’offensive contre les musulmans à Paris pendant la guerre d’Algérie. Cela marquait aussi le début de la « guerre contre le terrorisme » visant l’islam. Les bases étaient jetées pour un renforcement significatif de l’arsenal répressif de l’Etat contre quiconque serait perçu comme un adversaire de la domination capitaliste, et en dernier ressort contre la classe ouvrière. A bas Vigipirate ! Pour des mobilisations ouvrières contre la terreur raciste de l’Etat !
L’isolement des opprimés aujourd’hui, leur désespoir dans cette société, est le fruit amer des trahisons de la gauche. De Mitterrand à Jospin et aujourd’hui Hollande, ils ont tous prétendu que les musulmans étaient la nouvelle « cinquième colonne », ils ont multiplié les expulsions et les attaques contre les sans-papiers et taillé à la hache dans le niveau de vie des couches les plus pauvres de la société. La crise économique n’a fait qu’aggraver les choses avec la fermeture de beaucoup d’usines qui auparavant employaient les parents et grands-parents des jeunes issus des minorités. La fermeture prévue de l’usine de PSA Aulnay, la suppression de 800 postes d’intérimaires à Sochaux et la perte annoncée de 1 200 emplois à Phone House ne sont que le haut de l’iceberg d’un chômage des jeunes en constante augmentation.
Ce sont les parents et grands-parents de ces jeunes des minorités et autres immigrés qui ont contribué à créer la richesse de la France après la Deuxième Guerre mondiale, mais leurs descendants sont traités dans une large mesure comme une population excédentaire, bonne dans le meilleur des cas pour un CDD occasionnel mais plus souvent pour les files d’attente de la « Mission locale pour l’emploi » ou pire la prison.
Et pourtant, jusqu’à ce que le capitalisme soit renversé la bourgeoisie aura besoin d’un prolétariat pour l’exploiter et en tirer de la plus-value afin de constituer des profits et du capital. Même si les capitalistes cherchent à transférer à l’étranger une part croissante de leur appareil de production industrielle, espérant ainsi tirer encore plus de profits de travailleurs étrangers, il reste une infrastructure industrielle dans ce pays et cela restera le cas. Il suffit de voir l’énorme pôle d’emplois autour de l’aéroport de Roissy, les usines automobiles, les transports publics, l’industrie de la construction, sans compter les sociétés de nettoyage et de services à la personne dans les maisons de retraite, etc. : les travailleurs issus des « minorités visibles » y constituent un pourcentage disproportionné de la main-d’œuvre. C’est leur rôle central dans la production qui leur donne une puissance sociale cruciale pour combattre l’exploitation capitaliste mais aussi qui fait d’eux une menace particulière aux yeux de la bourgeoisie.
Il faut porter la bataille à un niveau plus élevé que les luttes économiques isolées et souvent perdantes pour sauver des usines particulières ou pour défendre des conditions de travail localement. Pour cela il faut une direction révolutionnaire tribun du peuple. Une telle direction se battrait pour des emplois pour tous, notamment pour les jeunes d’origine immigrée ; elle combattrait la terreur raciste quotidienne dans les banlieues et se battrait pour les droits des femmes. Elle expliquerait comment le poison du racisme, une « fausse conscience », est utilisé pour diviser la classe ouvrière et elle chercherait à gagner la classe ouvrière à la défense des jeunes de banlieue et des femmes voilées contre la répression. En se battant contre ces manœuvres de division, les ouvriers peuvent mettre en œuvre leur puissance sociale avec une unité plus grande et se retrouver plus forts contre les patrons.
Un parti révolutionnaire combattrait aussi les mensonges distillés par la gauche, du genre que le capitalisme pourrait être rendu plus humain, plus gentil et avec moins d’exclusion. Seule la révolution socialiste, où les travailleurs renverseront leurs exploiteurs, pourra commencer à jeter les bases d’une société nouvelle grâce à une économie centralisée et planifiée. Il faudra étendre cette lutte internationalement mais on pourra dès lors commencer à s’attaquer aux plaies du capitalisme – le chômage, la pénurie et l’oppression sociale – ainsi qu’aux préjugés et à la réaction qu’ils engendrent. Nous avons pour but de construire une telle direction. Notre modèle, c’est l’expérience du Parti bolchévique et de la Révolution russe d’octobre 1917.
Lutte ouvrière, fer de lance pour la loi Chirac de 2004 qui a exclu les jeunes femmes voilées de l’école
C’est en 2003, à l’époque des énormes mobilisations du secteur public contre le plan Fillon attaquant les retraites, qu’on a pu voir un exemple des plus clairs de comment la bourgeoisie agite la laïcité pour diviser les travailleurs et affaiblir leurs luttes. Les enseignants constituaient l’un des secteurs les plus combatifs de ces grèves ; les protestations s’étaient terminées en juin avec la trahison des bureaucrates syndicaux mais de nombreux enseignants menaçaient de reprendre la grève à la rentrée. Dès le début du mouvement, Jack Lang, ex-ministre PS de l’Education, déposa une proposition de loi cherchant à interdire le foulard à l’école. Laurent Fabius reprit le flambeau : au plus haut du mouvement de grève, fin mai, il exigea publiquement une telle loi, rejoignant ainsi les rangs des dirigeants UMP qui, de plus en plus nombreux, exigeaient également une loi.
Quand vint la rentrée, ce sont les fantassins de la laïcité, militants de Lutte ouvrière et certains militants de la LCR comme Pierre-François Grond (aujourd’hui dirigeant de la Gauche anticapitaliste dans le Front de gauche) qui, au lieu de reprendre la bataille sur les retraites, ouvrirent un nouveau front, mais cette fois-ci ils marchaient dans l’unité avec Fillon et Chirac, pour exclure de l’école des jeunes femmes portant un foulard. Des militants de LO et Grond jouèrent un rôle pivot dans l’exclusion d’Alma et Lila Lévy de leur lycée à Aubervilliers. Ils servirent de fer de lance à la loi de 2004 qui offrit un rare instant d’unité nationale à Chirac, qui de là repartit pour de nouvelles attaques contre les travailleurs, notamment avec la privatisation d’EDF-GDF en juin 2004.
Déjà en août 2003, avant la rentrée, LO s’était plainte que Chirac ne voulait pas aller jusqu’au bout en interdisant le foulard à l’école. Ils écrivaient alors : « quand on veut enterrer un problème, on crée une commission. Et celle que Chirac se propose de mettre en place semble bien issue de cette tradition-là » (Lutte Ouvrière, 8 août 2003). Mais LO n’allait pas être déçue par la commission présidée par Bernard Stasi. Celle-ci recommanda en décembre 2003 l’interdiction du foulard à l’école. Quelques semaines plus tard à peine, la loi était votée par 93 % des députés de tous les partis. Le journaliste Alain Gresh a fait remarquer dans un article récent sur l’affaire Baby Loup (voir blog.mondediplo.net) à propos de la commission Stasi :
« Revenir sur le débat de 2003-2004 est important, car la commission s’est appuyée pour justifier ses choix sur des “exemples”, sur des “cas”, censés prouver que le système de l’enseignement était soumis à une menace imminente. Or c’est le même prétexte qui est utilisé avec l’affaire de la crèche Baby Loup, pour justifier une nouvelle loi dont l’unique résultat sera, encore une fois, de stigmatiser les musulmans, suspects a priori. »
Ce n’est que le tout dernier jour d’audition que la commission accepta de seulement écouter des femmes portant le foulard, alors qu’elle n’avait eu aucun état d’âme auparavant à entendre le Front national ou à auditionner des enseignants, une principale de collège, une proviseure de lycée et son adjointe, tous choisis de façon sélective, qui s’étaient mis à raconter plus ou moins la même histoire horrible où le soi-disant joyau de la République – son système d’enseignement public laïc – était mis en état de siège par des fanatiques islamiques. La LTF a pris part le 14 février 2004 à une manifestation de protestation contre cette loi ; nous avions une banderole qui disait : « Non à la loi raciste contre les jeunes qui portent le foulard ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés ! Pour la libération des femmes par la révolution socialiste ! »
Mais LO salua la loi Chirac : « si finalement loi il y a, tant mieux. Car pour toutes ces jeunes filles qui se battent pour pouvoir s’habiller, travailler et vivre comme elles l’entendent, et donc ne pas porter le voile, cela pourra être un point d’appui » (Lutte Ouvrière, 6 février 2004). Depuis que la loi a été adoptée en 2004 la division et les tensions raciales n’ont fait qu’augmenter. Il existe maintenant au moins une dizaine d’écoles musulmanes privées, y compris à Aubervilliers, là où Lutte ouvrière avait fait expulser Alma et Lila Lévy. Il est difficile d’établir combien d’expulsions exactement ont eu lieu depuis neuf ans, mais il est indéniable que des jeunes femmes continuent de se faire chasser de l’école et renvoyer dans des écoles religieuses privées.
Un dernier exemple en date : Sirine, une jeune femme âgée de 15 ans, s’est fait exclure de son collège dans le Val-de-Marne début avril après avoir été privée de cours pendant quatre mois parce qu’elle portait un bandana jugé trop large et une jupe trop longue au goût de ses Inquisiteurs. En fait le tribunal de Melun avait décidé à la mi-mars que son collège devait la réintégrer mais le rectorat a fait appel et elle a été exclue définitivement peu après. Sirine ira maintenant dans une école privée, c’est-à-dire sans aucun doute une école religieuse, probablement musulmane. A LO et ses copains laïcards d’expliquer comment son expulsion permet de combattre l’oppression des femmes.
Lutte ouvrière pour l’interdiction des licenciements… sauf pour les femmes voilées !
Lutte ouvrière avait été aux avant-postes en 2003-2004 pour faire adopter une loi pour exclure les femmes voilées de l’école. Aujourd’hui de même, dans la foulée de l’affaire Baby Loup, ils se présentent à nouveau comme les garants d’une nouvelle législation à recommander par l’« Observatoire de la laïcité » de Hollande. Lutte ouvrière a déclaré dans un article de son journal (29 mars) à propos de la décision judiciaire en faveur de Fatima Afif : « Ce jugement a soulevé à juste titre une vague de protestations, car il donne des armes aux obscurantistes de tout bord, et nombreux sont ceux qui réclament une révision des lois existantes, demandant l’élargissement de l’interdiction des signes ostensibles d’appartenance religieuse au nom de la laïcité. » Vu ses « protestations » contre le jugement, on ne peut que supposer que LO se considère parmi les « nombreux » partisans d’une nouvelle loi. Et cela dans un contexte d’attaques racistes en augmentation, dont les femmes sont souvent les principales victimes : 94 % des victimes d’agressions islamophobes recensées par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) sont des femmes.
Le collectif Mamans toutes égales (MTE) organise le 18 mai une nouvelle manifestation pour protester non seulement contre toute future loi empêchant des femmes voilées de travailler dans le secteur privé, mais aussi pour revendiquer l’abrogation de la circulaire Chatel de 2012 (sous Sarkozy) qui recommande, au nom du principe de « laïcité et de neutralité du service public », que les écoles « empêchent » les mamans portant un foulard d’accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires. Le ministre PS des flics « et des cultes », Manuel Valls, a, bien entendu, déclaré qu’il veut maintenir la circulaire en vigueur. L’année dernière à la même époque le Collectif MTE avait écrit à tous les candidats à propos de l’impact de la loi de 2004 ; il avait demandé aux candidats leur position sur la circulaire Chatel, sur l’interdiction pour les femmes voilées de travailler dans le secteur public, etc. Nathalie Arthaud, dirigeante de LO et candidate, a répondu :
« La loi, loin d’exclure les jeunes filles permet à toutes de venir à l’école, et à celles qui ne veulent pas porter le voile de garder cet espace de liberté. « Que des femmes veuillent le porter [le foulard] est une chose, que ce fait discriminatoire soit reconnu par la société en est une autre. « Ce n’est ni au nom de la laïcité, ni au nom du combat contre les religions que nous critiquons votre démarche, mais au nom du combat des femmes pour leur émancipation. Celle-ci ne passe pas par l’autorisation de porter le voile dans des structures publiques, mais au contraire par l’autorisation de ne pas le porter, pour celles qui le souhaitent. […] « Aussi notre solidarité va avant tout aux femmes et aux jeunes filles qui ont le courage de résister à ces pressions, à celles qui veulent mener leur vie librement, à visage découvert et qui voient leur espace de liberté se rétrécir. »
Arthaud refuse d’« autoriser » le port du foulard dans le secteur public et s’oppose à ce que des mères voilées accompagnent leurs enfants. Avec tout cela, et leur réaction sur l’affaire Baby Loup, il semble que le cri de ralliement de LO « contre le chômage, l’interdiction des licenciements » ait ses limites et que sa « solidarité » ne s’étende pas aux femmes portant le foulard, dont beaucoup sont au nombre des femmes les plus pauvres et les plus opprimées dans la société française. Comme si l’on allait combattre l’oppression des femmes en empêchant des jeunes femmes portant le foulard d’aller à l’école ou d’aller travailler et en les renvoyant au foyer ! Derrière ces discriminations et ces exclusions il y a les criailleries de Valls et Cie que ces femmes ne veulent pas s’intégrer dans leur République chérie.
Que LO appelle le système public d’éducation un « espace de liberté » est révélateur de leur réformisme sur cette question. Cela reflète aussi le fait qu’ils ont une base sociale importante parmi les enseignants. L’école est tout simplement une institution cruciale pour maintenir la domination capitaliste : elle enseigne aux enfants de la bourgeoisie comment régner et aux enfants des opprimés qu’ils doivent accepter leur asservissement à l’autorité bourgeoise ou se faire exclure. Nathalie Arthaud enseigne à Aubervilliers, une ville avec une forte proportion d’immigrés où beaucoup de mamans portent le foulard. Ce n’est pas qu’Arthaud ne voie pas la réalité mais qu’elle s’aveugle volontairement (et, ce qui est plus important, qu’elle aveugle ses partisans) avec ses préjugés laïcards.
Comme LO refuse de comprendre l’oppression spécifique – et que les plus opprimées choisissent de porter le foulard –, elle voit les femmes voilées comme des idéologues militantes qui cherchent à islamiser la France. En fait certaines de ces femmes, qui sont en partie immigrées, poursuivent les pratiques religieuses oppressives de leur pays d’origine où l’islam est religion d’Etat. D’autres choisissent, consciemment ou non, de le porter en signe de défiance vis-à-vis de l’exclusion raciste qu’elles subissent sous le capitalisme français, et pour trouver une consolation face aux épreuves et à la stigmatisation. Dans tous ces cas LO, en répétant comme un perroquet la campagne raciste contre le « fascisme vert », est loin de même aborder la question de l’oppression matérielle de ces femmes, ou de leurs opinions religieuses arriérées ; elle ne fait que les renforcer.
L’oppression des femmes est enracinée dans la société de classes. La famille a pour fonction historique sous le capitalisme de transmettre la propriété privée aux héritiers « légitimes » grâce à l’héritage (ce qui requiert la monogamie des femmes) et d’inculquer le respect vis-à-vis de l’autorité et l’obéissance au code de moralité bourgeois. C’est pourquoi nous disons qu’en dernier ressort il faut la révolution socialiste pour la libération des femmes. Un Etat ouvrier œuvrerait à mettre en place des crèches et garderies 24 heures sur 24, des cantines et cuisines communales, des laveries, un système de santé gratuit et de qualité ; tout cela remplacera avec le temps les fonctions sociales de la famille et permettra aux femmes de participer pleinement à la vie sociale.
Leçons de la Révolution d’octobre 1917 et de l’intervention soviétique en Afghanistan
Nous nous inspirons du travail des bolchéviks pour l’émancipation des femmes. Dans un contexte très différent de la France impérialiste et laïcarde d’aujourd’hui, des dirigeantes bolchéviques, donc athées, mirent elles-mêmes un voile sous la direction du Jenotdel (Département des femmes ouvrières et paysannes) pour aller parmi les femmes terriblement opprimées d’Asie centrale soviétique afin de les éduquer et les libérer. C’était un travail extrêmement dangereux et de nombreuses organisatrices bolchéviques furent assassinées. Comme nous l’avons écrit dans Spartacist (édition française n° 35, printemps 2003) :
« La création d’une économie planifiée et collectivisée a permis à l’Etat ouvrier d’investir le surplus de l’Ouest plus développé dans l’Est arriéré et de créer ainsi plus d’égalité entre les peuples de l’Union soviétique. Ca se voit clairement quand on regarde les conditions de vie dans les républiques de l’ex-Union soviétique et qu’on les compare à celles de l’Afghanistan, de l’autre côté de la frontière. Du côté soviétique, les femmes n’étaient plus voilées et asservies, elles savaient lire et écrire ; par contre en Afghanistan elles étaient pour la plupart analphabètes. Il y avait une différence considérable dans les chiffres de la mortalité infantile et de l’espérance de vie de chaque côté de la frontière. »
Lorsque l’Armée rouge soviétique est entrée en Afghanistan en 1979, à la demande de son gouvernement, les femmes ont reçu une éducation. Elles devenaient enseignantes, infirmières, soldates. Mais les impérialistes étaient en campagne pour restaurer le capitalisme en Union soviétique ; les Etats-Unis ont armé les islamistes réactionnaires qui remettaient les femmes dans la prison de la burqa et attaquaient au vitriol les enseignants qui apprenaient à lire et à écrire aux filles (avec les « Médecins sans frontières » et autres « bénévoles » français liés aux services secrets pour soigner les « résistants » islamistes). En Afghanistan la question du voile était une question de vie ou de mort pour les femmes – et Lutte ouvrière a condamné l’intervention soviétique en comparant l’intervention progressiste de l’Armée rouge au viol du Vietnam par les impérialistes français puis américains (une position qu’ils maintiennent encore à ce jour). Au temps pour ces soi-disant avocats des droits des femmes.
Nous pensons qu’un autre monde est possible, mais ici, pas dans les cieux ni tant que le système capitaliste reste intouché. Contrairement à nos opposants nous disons la vérité ; même si cette perspective paraît lointaine aujourd’hui, c’est seulement grâce à la révolution prolétarienne socialiste que nous pourrons commencer à construire une société libérée de la faim, de la guerre et du racisme. Un monde où les hommes et les femmes n’auront plus à se réfugier dans les fantasmes religieux pour échapper à la dure réalité de cette société capitaliste d’oppression et de misère. Dans ce but, nous luttons pour préserver un programme révolutionnaire et pour construire le parti mondial dédié à mener la classe ouvrière au pouvoir.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/204/babyloup.html
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